

Je suis FranƧois, je suis alcoolique...
Listen to "Le premier verre" de Joseph KESSEL avec les Alcooliques Anonymes by HOUYENGAH MP3 song. "Le premier verre" de Joseph KESSEL avec les Alcooliques Anonymes song from HOUYENGAH is available on Audio.com. The duration of song is 30:48. This high-quality MP3 track has 194.78 kbps bitrate and was uploaded on 28 Jan 2023. Stream and download "Le premier verre" de Joseph KESSEL avec les Alcooliques Anonymes by HOUYENGAH for free on Audio.com ā your ultimate destination for MP3 music.










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The transcription discusses the importance of the first drink for alcoholics anonymous. It explains that all members, regardless of their background, follow the same method of salvation and paths towards abstinence. Each member has a sponsor who guides and supports them through their journey. The sponsor's role is challenging as they must help the alcoholic overcome cravings and nostalgia for alcohol. The sponsor's influence, along with regular group meetings and support, helps the newcomer stay sober. The transcript emphasizes the danger of the first drink and warns against the false hope that one drink will not lead to more. It shares stories of relapses and the devastating effects of that first drink. The importance of constant reminders and support from sponsors and fellow members is highlighted. Le premier verre, le premier verre, Joseph Kessel avec les alcooliques anonymes, chapitre 9, le premier verre Pour tous les alcooliques anonymous, si diffĆ©rents par l'origine, la fortune, l'intelligence, la culture et l'Ć©ducation, pour les blancs, les noirs et les jaunes, les milliardaires et les pauvres diables, les croyants fervents et les athĆ©es farouches, les grands patrons et les communistes, pour tous ces gens la mĆ©thode de salut est la mĆŖme et les voies qui mĆØnent vers l'abstinence ne diffĆØrent en rien. Au dĆ©but, le systĆØme est d'une simplicitĆ© presque enfantine et d'abord chaque nouveau Ć un sponsor, c'est-Ć -dire un parrain, un tuteur, un mentor qui est un AA confirmĆ©. La personne, homme ou femme, qui exerce cette fonction le fait soit parce qu'elle a convaincu un ami ou un camarade alcoolique d'entrer dans l'association, soit parce qu'un alcoolique est venu Ć elle spontanĆ©ment, l'a choisi en raison d'une confiance, d'une sympathie instinctive. La tĆ¢che n'est pas aisĆ©e, le parrain, qui est toujours volontaire et non rĆ©tribuĆ©, a pour charge de veiller sur un ĆŖtre que l'arrĆŖt de son intoxication torture de crampes d'angoisse, de fureur, d'insomnie et contre chacun des supplices le remĆØde est lĆ , si facile, au coin de chaque rue, derriĆØre l'enseigne Ć©catante de tavernes ou mĆŖme, plus modeste, de l'Ć©picier. Le parrain lutte, chez le malade dont il a la charge, contre la frĆ©nĆ©sie et contre la nostalgie qu'il a si bien connue. Le souvenir de sa propre souffrance lui donne la comprĆ©hension, la compassion, le courage, la tĆ©nacitĆ© indispensable. Son temps ne lui appartient plus, il nĆ©glige sa profession, sa vie familiale, il est essentiel qu'il soit Ć la disposition entiĆØre de l'homme dont il s'occupe. En pleine activitĆ© ou au cÅur du sommeil, un appel le fait accourir, quelques instants peuvent faire toute la diffĆ©rence. Si le tuteur arrive Ć temps, il sera calmĆ©, dĆ©tournĆ© de son idĆ©e fixe, l'homme pĆ¢telant, dĆ©sespĆ©rĆ©, garĆ© Ć moitiĆ© fou, qui lui a criĆ© Ā« Au secours ! Ā» au tĆ©lĆ©phone, d'un bar ou d'un taudis ou d'un coin d'une rue. Et l'urgence est plus grande encore si la voix appartient Ć une femme ou Ć un frĆØre ou Ć un enfant, car, alors, cela veut dire que l'homme ne croit plus Ć rien ni Ć personne sauf Ć l'alcool. Une minute trop tard, et il aura usĆ© de ce recours, et l'effort terrible fourni par lui aura Ć©tĆ© vain, tout sera Ć reprendre, si toutefois il y consent encore aprĆØs sa rechute. Il a non seulement soumis un profond et ancien besoin physique, plus et pire, il a retrouvĆ© sa faƧon, sa raison de vivre. Le parrain a livrĆ©, lui aussi, cet Ć©puisant combat, il a fait ses pĆ¢ches en se lant vers un horizon vide. Il sait que dire Ć un alcoolique, Ć l'orĆ©e de sa dĆ©sintoxication morale, Ā« Tu ne boiras plus jamais Ā» est aussi inhumain et aussi vain que d'engager un voyageur Ć quitter le pays des sources jaillissantes pour un dĆ©sert sans borne. C'est pourquoi, sans lassitude, Ć chaque occasion, sous toutes les formes qu'il peut trouver, le parrain rĆ©pĆØte, insinue, suggĆØre, inculque aux nouveaux venus les premiers prĆ©ceptes, les premiĆØres recettes pratiques des AA. La rĆØgle initiale fondamentale que le tuteur s'emploie Ć faire pĆ©nĆ©trer de la sorte dans l'esprit et dans les rĆ©flexes de l'alcoolique dont il a la charge et qui commence sa marche difficile et douloureuse vers l'abstinence a pour mĆ©rite d'ĆŖtre d'une facilitĆ© Ć©lĆ©mentaire. Ā« Tu dois dĆ©sormais, dit le parrain, cesser de prĆ©voir Ć l'avance, plus que pour une journĆ©e Ć la fois, oublie au-delĆ tout le temps que tu as Ć vivre, oublie que les semaines existent et les mois et les annĆ©es, ne fais pas de serment, ne prends pas d'engagement envers toi-mĆŖme, n'essaye mĆŖme pas d'envisager ton effort pour plus de vingt-quatre heures, concentre toute ton Ć©nergie, prie le Dieu qui est le tien, invoque l'amour de ta femme, fortifie-toi enfin, si tout te manque, par mon exemple et celui de tous les AA, pour rester sobre seulement, uniquement, les vingt-quatre heures Ć venir, accroche-toi au battement de l'horloge, ne songe qu'Ć tenir jusqu'Ć la derniĆØre minute de ces vingt-quatre heures, Ć l'Ć©gard des aprĆØs, ne te pose pas de question, que ton esprit reste fermĆ©, vide, et quand vraiment l'heure que tu dois atteindre finit de sonner, recommence Ć vouloir de tout ton ĆŖtre, de toutes tes fibres, mais encore et seulement pour vingt-quatre heures. Si le novice rĆ©ussit Ć exĆ©cuter cette trĆØs simple gymnastique mentale, et il y parvient la plupart du temps, il est presque sauvĆ©, car au bout des premiĆØres vingt-quatre heures, où il a comptĆ© chaque seconde, il pense, j'ai traversĆ© cette journĆ©e sans boire, pourquoi pas une autre, une seulement, et c'est dĆ©jĆ plus facile, et sur cette Ć©trange trĆ©maillĆØre de l'esprit, il avance vers la sobriĆ©tĆ©. L'influence du parrain n'est pas la seule Ć s'exercer sur le novice. Le parrain, comme tous les AA, fait partie d'un groupe, il y rattache celui qu'il a pris en charge. Le groupe se rĆ©unit en assemblĆ©e ouverte une fois par semaine, et toujours auparavant, une sĆ©ance spĆ©ciale a lieu pour les commenƧants. Il y a aussi des meetings fermĆ©s, où l'on discute de problĆØmes spĆ©cifiques, où chacun peut intervenir. Dans les grandes villes, ces groupes sont trĆØs nombreux, Ć New York, on en compte des centaines, et chaque jour, il s'y tient au moins cinquante rĆ©unions, du matin jusqu'au soir. En outre, il existe des restaurants, des salons de thĆ©, des clubs uniquement rĆ©servĆ©s aux alcooliques anonymous et Ć leurs amis. Le nouveau venu est ainsi Ć©pousĆ©, pressĆ© de s'y rendre le plus souvent possible et surtout aux meetings de son groupe et Ć ceux des autres. A l'ordinaire, il a du temps Ć lui, trop de temps, pour qu'il se dĆ©cide Ć dĆ©sirer l'abstinence. Il a fallu qu'il touche le fond du dĆ©sespoir, il n'a plus d'argent, de travail, il a brisĆ© sa vie de famille, il a lassĆ©, irritĆ©, dĆ©goĆ»tĆ© ses amis, il est seul, dĆ©shonorĆ©. ĆcoeurĆ©, devant la stĆØpe glacĆ©e et nue de l'existence, alors quoi ? Retourner Ć l'alcool ? Et pour en avoir, mendier, voler, attaquer un passant ? Non, Ć cet homme qui ne sait plus où aller, ou donner de la tĆŖte, s'ouvre le refuge du groupe, de tous les groupes, de tous les Ć©tablissements des A.A. LĆ , dans chacun, Ć chaque heure du jour et tard dans la nuit, il trouve des gens comme lui. Les uns sont sobres depuis de longues annĆ©es, d'autres n'ont cessĆ© de boire qu'Ć une date encore rĆ©cente, les uns ne portent plus trace de leurs anciennes blessures, sur les autres, les cicatrices sont toutes fraĆ®ches, saignantes, peu importe, les uns et les autres l'accueillent avec une solidaritĆ©, une amitiĆ© entiĆØre, ils se reconnaissent en lui, comme il se reconnaĆ®t en eux, un sentiment fraternel circule dans ces assemblĆ©es de ressuscitĆ©s. Le nouveau venu n'entend parler que des problĆØmes qui le touchent au plus prĆØs, il ne peut raconter les siens Ć loisir, on l'Ć©coute attentivement, merveilleusement, il est de la famille, et comme rien n'est absolu, dĆ©finitif dans la souffrance humaine aussi terrible que soit son expĆ©rience, il en trouve toujours d'autres, ou une autre, pour le moins encore plus affreuse, et il prend espoir, il pense, puisque mĆŖme celui-lĆ s'en est tirĆ©, alors moi, en plus forte raison. C'est avec une aviditĆ©, une acuitĆ©, une confiance nouvelle, qu'il Ć©coute les conseils des amis, des frĆØres qui l'entourent et qui font pĆ©nĆ©trer, peu Ć peu, dans sa conscience et dans son instinct, les rĆØgles et les lois sans lesquelles il n'est point de salut. Parmi ces articles de foi, l'avertissement constant, acharnĆ©, contre le premier verre, a une importance majeure, il s'agit ici de l'idĆ©e, c'est l'alcoolique rĆ©formĆ© et que tourmente cependant le dĆ©sir de boire, contre la derniĆØre et fausse espĆ©rance où il se rĆ©fugie, la suprĆŖme illusion Ć laquelle il s'accroche, celle qui consiste Ć penser, ou plutĆ“t Ć vouloir penser, un verre ne peut pas me faire de mal, un seul verre, rien qu'un verre. Les alcooliques anonymous rĆ©pondent Ć cela, pour nous, les malades de naissance, les allergiques Ć vie, il n'y a jamais un seul verre, ce verre n'est que le premier et par la nature mĆŖme de notre mal, il dĆ©clenche une rĆ©action en chaĆ®ne, incontrĆ“lable, effroyable, ce premier devient deux et trois et dix, puis une, deux et trois et dix bouteilles, et l'on se retrouve lĆ mĆŖme d'où l'on est parti, le ruisseau et l'horreur, et ne dites pas, je suis payĆ© pour connaĆ®tre le pĆ©ril, un seul verre et c'est tout, disant cela, vous voulez simplement croire Ć ce que vous dĆ©sirez, donnez une excuse Ć ceux qui vous obsĆØdent, vous ne vous arrĆŖterez pas, cela vous est impossible, d'autres que vous, et plus anciens et plus rĆ©solus dans la finance, ont cĆ©dĆ© Ć l'illusion, Ƨa n'a jamais Ć©tĆ© le seul verre, mais toujours le premier verre, et Ć cause de ce verre, rien que ce verre, vous le rĆ©pĆ©tez, ils sont devenus Ć nouveau des Ć©paves abjectes, il n'est pas un parrain qui ne martĆØle cette vĆ©ritĆ© pour son novice, il n'est pas de rĆ©union de commenƧant où elle ne soit reprise et commentĆ©e, il n'est pas de meeting ouvert où les gens qui prennent la parole ne la confirment pas leur expĆ©rience, et quelle expĆ©rience, des vies sont reconstruites aprĆØs les plus douloureux efforts, la sĆ©curitĆ© matĆ©rielle est rĆ©tablie, la paix de l'esprit et la joie du cÅur refleurissent, et puis vient le premier verre, et la rechute complĆØte aveugle, et de nouveau l'enfer, j'ai entendu Ć ce sujet bien des rĆ©cits qui donnent le vertige, qui font mal physiquement, mais chaque fois que je faisais part Ć mes artĆ©rocuteurs d'un sentiment où l'Ć©pouvante se mĆŖlait Ć l'incrĆ©dulitĆ©, il me disait Ā« ouais donc N, lui vraiment c'est le cas limite Ā». J'ai suivi le conseil avec empressement, cette rencontre avait pour moi un intĆ©rĆŖt particulier en dehors mĆŖme de mon enquĆŖte, N est en effet un Ć©crivain d'un talent exceptionnel et que, en toute occasion, j'aurais aimĆ© connaĆ®tre. Il a notamment publiĆ© aprĆØs la guerre un admirable roman dont le hĆ©ros est un alcoolique. L'ouvrage a connu le succĆØs le plus vif dans tous les pays. N m'avait donnĆ© rendez-vous pour dĆ©jeuner Ć Lens, ce club alcoolique anonyme, c'est logĆ© par la grande universitĆ© de Columbia dans ses propres bĆ¢timents redchaussĆ©s. On y accĆØde par de vieux couloirs feutrĆ©s, aux boiseries couleur du temps, passĆ©es et ornĆ©es de portraits vĆ©nĆ©rables qui reprĆ©sentent les maĆ®tres Ć©minents et les donateurs gĆ©nĆ©reux. Mais le club en lui-mĆŖme n'a rien d'acadĆ©mique, les teintes y sont vives et fraĆ®ches, les meubles simples et lĆ©gers, les gens accueillants et gais. J'en reconnus plusieurs que j'avais rencontrĆ©s dans les rĆ©unions des groupes ou au cours d'entretiens privĆ©s. Un banquier, un acteur, une jeune femme qui, avant d'appartenir Ć l'association, avait essayĆ© de se suicider Ć trois reprises. Et Kay, la vieille lady qui tombait au ruisseau Ć force de boisson, avait eu longtemps la langue et les cordes vocales paralysĆ©es. De cette foule alerte, bruyante, amicale et toute pareille Ć celle que l'on peut voir dans n'importe quel club de New York, se dĆ©tacha et vint Ć moi un petit homme chauve au visage rouge d'une cinquantaine d'annĆ©es. Il portait une brĆØve moustache et des lunettes. Son haut front dĆ©garni avait une couleur de cuivre poly-brillant. Ses yeux, lĆ©gĆØrement brillĆ©s, mordorĆ©s et trĆØs beaux, brillaient sous des verres qui les couvraient d'un humour trĆØs vif. C'Ć©tait N. Quand nous eĆ»mes commandĆ© notre repas, je le priais de me raconter sa vie, tout en m'excusant de cette indiscrĆ©tion professionnelle. Ā« Vous excusez de quoi ? Ā» s'Ć©cria-t-il. Mais je suis ravi, au contraire. Vous ne savez donc pas que nous autres, alcooliques, nous sommes les plus grands exhibitionnistes les plus Ć©hontĆ©s cabots du monde ? Dans ses yeux, il avait tant de malice, d'intelligence et de bonne humeur que les verres Ć©pais des lunettes semblaient pĆ©tiller autant que le regard. Ā« J'ai commencĆ© d'Ć©crire Ć l'Ć¢ge de seize ans, Ā» dit N., Ā« mais je n'ai rien voulu publier avant d'en avoir quarante. Dans l'intervalle, j'ai gagnĆ© ma vie comme auteur pour la radio. Je composais des histoires grandiloquentes ou sentimentales, des absurditĆ©s, quoi. En mĆŖme temps, je buvais beaucoup, terriblement. J'Ć©tais un alcoolique professionnel, et qui allait Ć sa perte, je l'ai compris. Je me suis arrĆŖtĆ© de boire tout net, tout seul. Un gros homme jovial qui sortait de la salle a mangĆ© pasta devant notre table et s'est arrĆŖtĆ©. Ā« Hello, Charlie ! Ā» demanda-t-il. Ā« On se revoit ici demain ? Ā» Ā« Non, Ā» dit N. Ā« Demain, je serai au Texas. Je dois parler pour nos groupes lĆ -bas. Que Dieu vous garde. Salut, Charlie ! Ā» dit le gros homme avec gravitĆ©. Il s'en alla, et N. reprit son rĆ©cit. Ā« Oui, Ā» dit-il, Ā« je me suis arrĆŖtĆ© seul, sans aide extĆ©rieure, uniquement grĆ¢ce Ć ma volontĆ©. Alors, vous pensez, les gens qui venaient me vanter les A.A. s'ils Ć©taient bien reƧus, qu'est-ce que j'avais de commun avec ces primaires et leurs blablas mystiques, ces chiffres qui avaient besoin de se serrer les uns contre les autres pour tenir le coup ? Ā» Ā« Non, j'Ć©tais un intellectuel, moi, un esprit supĆ©rieur. Donc, lorsque votre nom apparu, demandai-je, vous ne bougiez plus ? Ā» Ā« Je ne connaissais pas le goĆ»t de l'alcool sous quelque forme que ce fut depuis huit ans, Ā» dit l'Ć©crivain. Pour la premiĆØre fois, une expression mĆ©lancolique passa dans ses yeux brisĆ©s, mordorĆ©s. Ā« Et le succĆØs est venu, Ā» reprit-il, Ā« un succĆØs comme j'en aurai plus jamais. Le livre, le film, les critiques, au dĆ©lire, les droits d'auteur Ć©normes. J'ai achetĆ© une belle maison Ć New York, une autre Ć la campagne. J'ai envoyĆ© mes deux filles dans les meilleures Ć©coles privĆ©es, les plus coĆ»teuses, et malgrĆ© cette rĆ©ussite, capable de tourner la tĆŖte la plus solide, j'ai persistĆ© dans mon abstinence. Ā» Ce regard de haine avait retrouvĆ© tout son humour. Ā« Cependant, Ā» disait-il, Ā« la rĆ©putation des AA s'Ć©tendait de plus en plus. Cela me faisait rire et m'exaspĆ©rait Ć la fois. Ces bavards, ces grĆ©guers, avaient-ils quelque chose Ć m'apprendre ? Ć moi, qui avais Ć©crit un livre devenu classique sur l'alcoolisme, un livre auquel se rĆ©fĆ©raient publiquement les mĆ©decins et les psychiatres spĆ©cialistes dans ce domaine ? Ć moi, enfin, qui avais su rester sobre pendant onze annĆ©es sans la moindre chute ? Ā» Haine frotta gaiement son haut front brillant comme cuivre et continuant. Ā« LĆ -dessus, riche, glorieux et trĆØs content de moi, je suis allĆ© passer les vacances au Bermude. C'est un paradis. Mais Ć certaines heures, il y fait trĆØs chaud. J'ai Ć©tĆ© pris d'une envie de biĆØre bien fraĆ®che. AussitĆ“t, j'ai pensĆ©, Ā« Allons, c'est de la folie. VoilĆ onze annĆ©es que je n'ai pas touchĆ© une boisson alcoolisĆ©e. Je ne vais pas recommencer maintenant. Ā» Ć quoi l'intellect en moi a rĆ©pondu ? Ā« Justement, aprĆØs onze annĆ©es d'abstinence parfaite, un verre de biĆØre ne peut pas ĆŖtre dangereux. Que diable ! Un seul verre. AprĆØs onze ans, rien qu'un verre. Ā» Haine continua Ć se frotter son front poli et Ć sourire. Ā« Alors ? Ā» demandai-je. Ā« Alors, Ā» dit l'Ć©crivain, Ā« ce seul verre de biĆØre eut pour effet, dans les dix-huit mois qui suivirent de m'amener quinze fois, repris par le plus mortel alcoolisme, dans des asiles pour malades mentaux, moi, esprit supĆ©rieur, moi, l'homme dont la volontĆ© exemplaire avait suffi au salut. Ā» Ā« Bon, ce n'est pas incroyable, Ā» dis-je Ć voix basse. Ā« Quinze fois chez les alienĆ©s ? Attendez, ce n'est pas tout, Ā» rĆ©pliqua Haine. Ā« Bien entendu, il ne me restait plus rien. Maison Ć New York, maison Ć la campagne, c'en Ć©tait allĆ© au fil de la bouteille. Et mes enfants ne frĆ©quentaient plus des institutions de haute classe. Je n'avais plus de quoi nourrir ma famille. J'en Ć©tais revenu aux emprunts, honteux, au tapage professionnel de l'alcoolique, aux mensonges, aux demi-excroqueries. Alors, tout de mĆŖme, malgrĆ© toute ma rĆ©pugnance et mon sentiment de supĆ©rioritĆ© intellectuelle, je me suis demandĆ© si je ne pourrais pas trouver quelque chose du cĆ“tĆ© des alcooliques anonymes. Je suis allĆ© Ć un meeting, et lĆ , en effet, j'ai dĆ©couvert un fait Ć©trange. Les gens qui m'entouraient n'Ć©taient pas des intellectuels Ć coup sĆ»r, mais, avec eux, mĆŖme les plus simples, mĆŖme les moins cultivĆ©s, j'avais un dĆ©nominateur commun qui n'existait pas ailleurs, et c'Ć©tait le problĆØme de l'alcool, et le dĆ©sir sincĆØre et perdu de le rĆ©soudre. Je suis sorti de lĆ troublĆ©, ce qui ne m'a pas empĆŖchĆ© de retourner, en trĆØs peu de temps, quatre fois encore chez les fous. Oui, quatre fois, ce qui portait Ć dix-neuf, au moins, en moins de deux ans, le nombre de mes cures. Depuis, le seul verre de biĆØre qu'un romancier fait, riche et heureux, avait bu un jour au paradis des Bermudes. Elle sourit toujours, il souriait toujours. De qui se moquait-il ? De lui-mĆŖme ? Ou de l'effroi qu'il sentait que son rĆ©cit m'inspirait ? Quoi qu'il en fĆ»t, il poursuivit. Ć mon dix-neuviĆØme sĆ©jour, lorsque les soins et les calmants m'eurent fait reprendre l'usage de la raison, j'ai bien regardĆ© les dĆ©mons parmi lesquels je me trouvais, et je me suis dit, mon vieux, il s'agit d'ĆŖtre franc avec toi-mĆŖme, une fois pour toutes, et ne plus te plaire Ć croire que tes passages ici sont accidentels. Si tu continues Ć boire, c'est ta vie entiĆØre que tu passeras avec ces gens, et pareil Ć eux. Sorti de l'hĆ“pital, ma premiĆØre dĆ©marche a Ć©tĆ© de me faire accepter par un groupe d'alcooliques anonymous, et tout a Ć©tĆ© rĆ©solu. J'ai perdu mon orgueil d'intellectuel. Je me sens l'Ć©gal, le camarade, le compagnon de gens qui ont souffert, ce que j'ai souffert, qui m'aiment, et que j'aime en cette souffrance. J'ai besoin d'eux, plus qu'ils n'ont besoin de moi. Tellement besoin d'eux qu'aprĆØs des annĆ©es de sobriĆ©tĆ© nouvelle, je vais Ć six meetings par semaine, outre celui de mon propre groupe dont je suis prĆ©sident. Chaque fois que mes occupations me laissent libre, je vais parler Ć travers tous les Etats-Unis dans les groupes AA isolĆ©s et lointains. J'ai demandĆ©, et comment vivez-vous ? Je vivote plutĆ“t, dit-il. J'Ć©cris pour la radio, la tĆ©lĆ©vision. Je prĆ©pare aussi, lentement, un nouveau livre. On verra. L'Ć©crivain ne souriait plus. Il ajouta, ce qui compte. Et je l'ai appris chez les alcooliques anonymes, ce n'est ni l'intelligence, ni le talent, c'est la vie spirituelle. Il se leva. Il devait partir dans l'aprĆØs-midi pour Cleveland et gagner le lendemain le Texas. Nous traversĆ¢mes ensemble la salle Ć manger. Sur son passage, tout le monde souriait fraternellement Ć N. Et la plupart des gens ajoutaient, Ā« Que Dieu vous garde. Ā» Ce n'Ć©tait pas une formule de politesse. Il y avait dans la voix une conviction profonde, une douceur, une douce chaleur. Les entendants, je songeais Ć l'Ć©lĆ©ment qui, chez les alcooliques anonymes, Ć©tait pour moi le plus difficile Ć comprendre. Achetez ce livre, Joseph Kessel, avec les alcooliques anonymes. Tout le monde m'appelle Soulard et moi je ne suis pas Soulard. Tout le monde m'appelle Soulard et moi je ne suis pas Soulard. Moi il n'y a qu'aux pas, moi j'ai pour eau que personne. Le vin rouge a rosĆ© mes yeux, je n'attends que l'amour. Le vin des femmes m'a rougĆ© mes lĆØvres, je n'attends que la bagarre. L'eau huilĆ©e, je bois. Choucham, je bois. Tchoukoutou, je bois. Oganda, je bois. Romy Ć la musique Ć Canu, je bois. Tout le monde m'appelle Soulard et moi je ne suis pas Soulard. Tout le monde m'appelle Soulard et moi je ne suis pas Soulard. Moi il n'y a qu'aux pas, moi j'ai pour eau que personne. Le vin rouge a rosĆ© mes yeux, je n'attends que l'amour. Le vin des femmes m'a rougĆ© mes lĆØvres, je n'attends que la bagarre. Ouais, moi je prends mon pot. Ouais, pourquoi tu me provoques ? Ouais, moi je prends mon pot. Ouais, moi je veux faire la bagarre. Ouais, moi je prends mon pot. Ouais, moi je veux beurrer la boite. Ouais, moi je prends mon pot. Ouais, pourquoi tu es contre moi ? Maman goĆ»te du maman, moi je ne comprends jamais. Moi quand je prends mon pot, pourquoi vous dites que moi je suis Soulard ? Ouais, moi je prends mon pot. Ouais, moi je veux beurrer la boite. Ouais, moi je prends mon pot. Ouais, moi je prends mon pot. Ouais, moi je prends mon pot. Ouais, moi je prends mon pot. Ouais, moi je prends mon pot. Ouais, moi je prends mon pot. Ouais, moi je prends mon pot. Ouais, moi je prends mon pot. Ouais, moi je prends mon pot. Ouais, moi je prends mon pot. Ouais, moi je prends mon pot. Ouais, moi je prends mon pot. Ouais, moi je prends mon pot. Ouais, moi je prends mon pot. Ouais, moi je prends mon pot. Ouais, moi je prends mon pot. Ouais, moi je prends mon pot. Ouais, moi je prends mon pot. Ouais, moi je prends mon pot. Ouais, moi je prends mon pot. Ouais, moi je prends mon pot. Ouais, moi je prends mon pot. Ouais, moi je prends mon pot. Ouais, moi je prends mon pot. Ouais, moi je prends mon pot. Ouais, moi je prends mon pot. J'ai pas mal, je vois. Mes Ć©lites, je vois. J'ai pas l'eau, je vois. Sans d'habits, je vois. J'ai pas l'eau, je vois. J'ai pas l'eau, je vois. J'ai pas l'eau, je vois. J'ai pas l'eau, je vois. J'ai pas l'eau, je vois. J'ai pas l'eau, je vois. J'ai pas l'eau, je vois. J'ai pas l'eau, je vois. J'ai pas l'eau, je vois. J'ai pas l'eau, je vois. J'ai pas l'eau, je vois. J'ai pas l'eau, je vois. J'ai pas l'eau, je vois. J'ai pas l'eau, je vois. J'ai pas l'eau, je vois. J'ai pas l'eau, je vois. J'ai pas l'eau, je vois. J'ai pas l'eau, je vois. J'ai pas l'eau, je vois. J'ai pas l'eau, je vois. J'ai pas l'eau, je vois. J'ai pas l'eau, je vois. J'ai pas l'eau, je vois. J'ai pas l'eau, je vois. J'ai pas l'eau, je vois. J'ai pas l'eau, je vois. J'ai pas l'eau, je vois. J'ai pas l'eau, je vois. J'ai pas l'eau, je vois. J'ai pas l'eau, je vois. J'ai pas l'eau, je vois. J'ai pas l'eau, je vois. J'ai pas l'eau, je vois. J'ai pas l'eau, je vois. J'ai pas l'eau, je vois. J'ai pas l'eau, je vois. J'ai pas l'eau, je vois.
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