
Le journal dāun homme de tropā¦
Track plays, engagement, audience growth, and performance across your audio.
Try now
Listen to Tourguenieve by HOUYENGAH MP3 song. Tourguenieve song from HOUYENGAH is available on Audio.com. The duration of song is 06:49. This high-quality MP3 track has 128 kbps bitrate and was uploaded on 11 Feb 2023. Stream and download Tourguenieve by HOUYENGAH for free on Audio.com ā your ultimate destination for MP3 music.










Creator Music & SFX Bundle
Making videos, streaming, podcasting, or building the next viral clip?
The Content Creator Music & SFX Bundle delivers 70 packs of hard-hitting tracks and sound effects to give your projects the fresh, pro edge they deserve.










Comment
Loading comments...
The narrator is writing a journal entry, expressing their realization that they are going to die soon. They contemplate the concept of eternity and decide to write about their own life. They describe their mother as virtuous but distant, while they had a deep affection for their father despite his flaws. The narrator reflects on their parents' relationship and their own emotions. They mention that they are unwell and do not worry about how the journal will end. LE JOURNAL D'UN HOMME DE TROP Tourgueniev. PubliĆ© dans la collection Le Livre de Poche. Le Journal d'un Homme de Trop Au village d'Eau, 20 mars 1800. Le mĆ©decin me quitte. Je l'ai obligĆ© Ć s'expliquer enfin. Il y a eu beau dissimuler, il a fallu me confesser toute la vĆ©ritĆ©. Je vais mourir. Oui, je vais mourir bientĆ“t. Les riviĆØres vont dĆ©jeuler et je m'en irai probablement avec les derniers glaƧons. Où irai-je ? Dieu le sait, Ć la mer aussi. Eh bien quoi ? S'il faut mourir au temps, il faut mourir au printemps. Mais n'est-il pas ridicule de commencer un journal peut-ĆŖtre qu'un jour seulement avant l'heure de la mort ? Ben, qu'est-ce que cela fait ? En quoi qu'un jour diffĆØre-t-il de quinze siĆØcles ? En face de l'Ć©ternitĆ©, tout est nĆ©ant, dit-on. Soit. Mais dans ce cas, l'Ć©ternitĆ© mĆŖme n'est que nĆ©ant. Il me semble que je tombe dans la mĆ©taphysique. C'est mauvais signe. Aurais-je peur ? Mieux vaut raconter quelque chose. Le temps est humide, le vent souffle avec violence. Il m'est dĆ©fendu de sortir. Que raconterais-je ? Un homme bien Ć©levĆ© ne parle pas de ses maladies. Ćcrire un roman n'est pas de mon ressort. Raisonner sur de graves sujets est au-dessus de mes forces. La description des objets qui m'entourent ne m'offrirait aucun plaisir. Ne rien faire est ennuyeux. Lire me fatigue. Je vais raconter ma propre vie. Quelle bonne idĆ©e ! Cette revue de soi-mĆŖme est chose convenable avant la mort et ne peut nuire Ć personne. Je commence. Je n'ai jamais connu de femme dont la vertu causa moins de plaisir. Elle s'affaissait sous le poids de ses mĆ©rites et en fatiguait tout le monde, Ć commencer par elle-mĆŖme. Pendant les cinquante annĆ©es de sa vie, elle ne se reposa pas une seule fois. Elle ne se croisa pas une seule fois les bras. Elle travaillait et s'Ć©vertuait comme une fourmi, mais sans aucune utilitĆ©, ce que nul ne dira d'une fourmi. Un vert infatigable la rongeait nuit et jour. Une fois seulement, je la vis parfaitement tranquille, et cela dans son cercueil, le lendemain de sa mort. Aussi, son visage me semblait-il vraiment exprimer un silencieux Ć©tonnement. On aurait dit que ses lĆØvres, Ć demi fermĆ©es, ses joues creuses et ses yeux paisiblement immobiles, respiraient ses paroles. Qu'est-ce que c'est bon de ne pas bouger ? Certes, oui, il est bon de se dĆ©pouiller enfin de l'accablante conscience de la vie, de la sensation continue et inquiĆØte de l'existence. Je grandis mal et sans joie. Mes parents me tĆ©moignaient de la tendresse, mais la vie ne m'en Ć©tait pas plus douce. Ouvertement adonnĆ© Ć un vice dĆ©gradant et ruineux, mon pĆØre n'avait aucune autoritĆ© dans sa propre maison. Il reconnaissait son abjection, et n'ayant pas la force de renoncer Ć la passion qui le dominait, il cherchait du moins Ć mĆ©riter l'indulgence de sa femme par une soumission Ć toute Ć©preuve. Ma mĆØre supportait son malheur avec cette magnifique et facieuse longanimitĆ© de la vertu dans laquelle respire tant d'orgueil et d'amour propre. Elle ne faisait jamais de reproches Ć mon pĆØre. Elle lui donnait silencieusement le fond de sa bourse et payait ses dettes. PrĆ©sente ou absente, il la portait au nu, mais il n'aimait pas rester Ć la maison, et il ne me caressait qu'en secret, Ć la dĆ©rober, comme s'il eĆ»t craint de me porter malheur. Cet rĆ©altĆ©rĆ© avait alors une telle expression de bontĆ©. Le rire fiĆ©vreux qui errait sur ses lĆØvres se changea en un sourire si touchant. Ses yeux bruns entourĆ©s de rides fines s'arrĆŖtaient avec tant d'amour sur moi que je pressais involontairement ma joue contre sa joue humide et chaude de larmes. J'essuyais ses larmes avec mon mouchoir, mais elles recommenƧaient Ć couler sans effort, comme l'eau dĆ©borde d'un vase de trop. Je me mettais Ć pleurer aussi, et il me consolait. Il pressait mes mains entre les siennes, et ses lĆØvres tremblantes me couvraient de baisers. VoilĆ dĆ©jĆ plus de vingt ans qu'il est mort, et pourtant, chaque fois que je pense Ć mon pauvre pĆØre, des sanglots muets me montent au gosier, et mon cÅur bat dans ma poitrine. Il bat avec tant de chaleur et d'amertume qu'il est accablĆ© d'une si douloureuse compassion qu'on croirait qu'il lui reste encore longtemps Ć battre et Ć regretter. Ma mĆØre, au contraire, Ć©tait toujours la mĆŖme pour moi, bienveillante mais froide. On rencontre souvent dans les livres Ć©crits pour les enfants les mĆØres toutes semblables, morales et justes. Elle m'aimait, mais je ne l'aimais pas. Oui, j'Ć©vitais ma mĆØre vertueuse, et j'aimais passionnĆ©ment mon pĆØre vicieux. Mais c'est assez pour aujourd'hui. Le commencement est fait. Quant Ć la fin et Ć ce qui en adviendra, je ne m'en inquiĆØte guĆØre. C'est l'affaire de ma maladie. Le journal d'un homme de TrĆ“les, TourguignĆØves, achetait ce livre dans la collection Le Livre de Poche.
There are no comments yet.
Be the first! Share your thoughts.
