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La Russie et le virus de la liberté HISTOIRE et UTOPIE de CIORAN

La Russie et le virus de la liberté HISTOIRE et UTOPIE de CIORAN

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Dans ce texte écrit en 1957, CIORAN (Philosophe Franco Roumain né en 1911 et mort en 1995) explique pourquoi la Russie va dominer l'Europe... Elle a la taille et le temps pour çà. Il y est question de virus de la liberté qui détruit au final l'occident face à l'orthodoxie Russe (qui est contre Rome)...

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Sioran was a philosopher born in Romania and lived in France. He studied philosophy and wrote his first book on despair. He later detached from Bergsonism and published a controversial book on religious crisis. He moved to Paris and submitted his first French book to Gallimard, which was accepted but later rewritten. The excerpt talks about Russia and the desire for empire, influenced by the history of tyrants and the ambition to dominate the world. It discusses the role of religion and the divisions between the Orthodox and Catholic churches. The text suggests that Russia's historical reasons and religious nature will ultimately prevail over the West. Sioran, histoire et utopie publié dans la collection Folio Essai Qui est Sioran ? Sioran est un philosophe né en Roumanie Qui a vécu en France Né le 8 avril 1911 à Rasinari en Roumanie Et mort le 20 juin 1995 à Paris Donc son père était prêtre orthodoxe De 1929 à 1927 il fait ses études au lycée de Sibuy A 17 ans il entre à la faculté de philosophie de Bucharest C'est avec un mémoire sur Bergson Qu'il obtient son diplôme roumain de licence Son premier livre sur les cimes du désespoir Paru en 1934 à Bucharest Contient en germe de son propre aveu Tout ce qu'il a écrit par la suite Tant en roumain qu'en français C'est à cette époque qu'il se détache du bergsonisme Coupable selon lui d'avoir ignoré la dimension tragique de la vie En 1937 il publie Des larmes et des saints Ouvrage controversé fruit d'une crise religieuse La même année ayant obtenu une bourse de l'institut français de Bucharest Il arrive à Paris qu'il n'a pas quitté depuis Donc ce que je lis là était publié en 1960 Et cette introduction sur Oran bien sûr publiée après sa mort C'est logique En 1947 il soumet aux éditions Gallimard le manuscrit de son premier livre Écrit en français Intitulé précis de décomposition Qui est accepté mais qu'il reprend pour le refaire entièrement Le livre paraît deux ans après Je vais vous lire un extrait Qu'on trouve dans le chapitre 2 Intitulé La Russie et le virus de la liberté Alors très intéressant ce texte a été écrit en 1957 1957 Sa lecture prend à peu près une trentaine de minutes La Russie et le virus de la liberté Tous les pays, arrive-t-il quelquefois de penser Devraient ressembler à la Suisse Se complaire et s'affaisser comme elle Dans l'hygiène, la fadeur, l'idolâtrie des lois et le culte de l'homme D'un autre côté ne m'attire que les nations indemnes de scrupules en pensée et en actes Fébriles et insatiables Toujours prêts à dévorer les autres et à se dévorer elles-mêmes Piétinant les valeurs contraires à leur ascension et à leur réussite Rétive à la sagesse cette plaie des vieux peuples Excédés d'eux-mêmes et de tout Et comme charmés de sentir le moisi De même, j'ai beau vomir les tyrans Je n'en constate pas moins qu'ils font la trame de l'histoire Et qu'on ne saurait sans eux concevoir l'idée ni la marche d'un empire Supérieurement odieux d'une bestialité inspirée Ils évoquent l'homme poussé à ses extrêmes L'ultime exaspération de ses turpitudes et de ses mérites Ils vont le terrible pour ne citer que le plus fascinant d'entre eux Et puisent les coins et les recoins de la psychologie Aussi complexe dans sa démence que dans sa politique Ayant fait de son règne et jusqu'à un certain degré de son pays Un modèle de cauchemar Un prototype d'hallucination vivante et intarissable Mélange de Mongolie et de Byzance Cumulant les qualités et les défauts d'un camp et d'un Basilius Monstre aux colères démoniaques et à la mélancolie sordide Partagé entre le goût du sang et celui du repentir D'une jovialité enrichie et couronnée de ricanements Il avait la passion du crime Nous l'avons aussi tous tant que nous sommes Attentats contre les autres ou contre nous-mêmes Seulement elle demeure chez nous inassouvie En sorte que nos œuvres, quelles qu'elles soient Proviennent de notre incapacité de tuer ou de nous tuer Nous n'en convenons pas toujours Nous méconnaissons volontiers le mécanisme intime de nos infirmités Si les tsars ou les empereurs romains m'obsèdent C'est que ces infirmités, voilées chez nous Apparaissent en eux à découvert Ils nous révèlent à nous-mêmes Ils incarnent et illustrent nos secrets Je songe à ceux d'entre eux qui, voués à une grandiose dégénérescence S'acharnaient sur leurs proches et, par crainte d'en être aimés Les envoyaient aux supplices Quelques puissants qu'ils fussent Ils étaient pourtant malheureux Car irasasiés du tremblement des autres Ne sont-ils pas comme la projection du mauvais génie qui nous habite Et qui nous persuade que l'idéal serait de faire le vide autour de nous C'est avec de telles pensées, de tels instincts Que se forme un empire Il coopère ce tréfonds de notre conscience Où se cachent nos tarts les plus chers Surgit de profondeur, à peine soupçonnable, d'une poussée originelle L'ambition de dominer le monde N'apparaît que chez certains individus et à certaines époques Sans rapport direct avec la qualité de la nation où elle se manifeste Entre Napoléon et Gengis Khan, la différence est moindre Qu'entre le premier et n'importe quel homme politique français des républiques successives Mais ces profondeurs, comme cette poussée, peuvent arrire, s'épuiser Charles Quint, Bonaparte, Hitler furent tentés Chacun à sa façon de réaliser l'idée d'un empire universel Ils y échouèrent avec plus ou moins de bonheur L'Occident, où cette idée ne suscite plus qu'ironie ou malaise Vit maintenant dans la honte de ses conquêtes Mais curieusement, c'est au moment même où il se replie sur Soit que ses formules triomphent et se répandent Dirigées contre son pouvoir et sa suprématie Elle trouve un écho hors de ses frontières Il gagne en se perdant C'est ainsi que la Grèce ne l'emporta dans le domaine de l'esprit Que lorsqu'elle cessa d'être une puissance et même une nation On pia sa philosophie et ses arts On assura une fortune à ses productions Sans qu'on puisse assimiler ses talents Et même, on prend et on prendra tout à l'Occident Sauf son génie Une civilisation se révèle féconde par la faculté qu'elle a D'inciter les autres à l'imiter Qu'elle finisse de les éblouir Elle se réduit à une forme de bribe et de vestige Abandonnant ce coin du monde L'idée d'empire devait trouver un climat providentiel en Russie Où elle a toujours existé d'ailleurs Singulièrement sur le plan spirituel Après la chute de Byzance Moscou devient par la conscience orthodoxe La troisième Rome L'héritière du vrai christianisme De la véritable foi Premier éveil messianique Pour en connaître un seul Il lui fallut attendre nos jours Mais cet éveil, elle le doit cette fois-ci A la démission de l'Occident Au 15ème siècle, elle profita d'un vide religieux Comme elle profite aujourd'hui d'un vide politique Deux occasions majeures de se pénétrer De ses responsabilités historiques Lorsque Mahomet II Mit le siège devant Constantinople La chrétienté Et de plus Heureuse d'avoir perdu le souvenir des croisades S'abstint d'intervenir Les assiégés en conçurent tout d'abord Une irritation qui Devant la précision du désastre Se mua en stupeur Oscillant entre la panique Et une satisfaction secrète Le pape promit les secours Mais les envoya trop tard A quoi bon se dépêcher Pour des schismatiques ? Le schisme allait cependant Gagner en force ailleurs Rome préférera-t-elle Moscou ou Abidjan ? On aime toujours mieux Un ennemi lointain qu'un ennemi proche Semblablement, de nos jours Les anglo-saxons Devaient préférer en Europe La prépondérance russe A la prépondérance allemande C'est que l'Allemagne Était trop près Les prétentions de la Russie A passer de la primauté vague A l'hégémonie caractérisée Ne manquent pas de fondement Que serait-il advenu Du monde occidental ? Si elle n'avait pas arrêté Et résorbé l'invasion mongole ? Pendant plus de deux siècles D'humiliation et de servitude Elle fut exclue de l'histoire Cependant qu'à l'ouest Les nations s'offraient le luxe De s'entre-déchirer Si elle eut été En état de se développer Sans entrave Elle fut devenue une puissance De premier ordre Déjà au début de l'ère moderne Ce qu'elle est maintenant Elle l'aura été au XVIe Ou au XVIIe siècle Et l'Occident ? Peut-être aujourd'hui serait-elle Ou serait-il orthodoxe Et à Rome au lieu du Saint-Siège Se prélasserait Le Saint-Synode ? Mais les Russes Peuvent se rattraper S'il leur est donné Comme tout le laisse présager De mener à bien leur dessein Il n'est pas exclu Qu'il règle son compte Au souverain pontife Que ce soit au nom du marxisme Ou de l'orthodoxie Ils sont appelés à ruiner L'autorité, le prestige de l'Eglise Dont ils ne sauraient Tolérer les visées Sans abdiquer le point essentiel De leur mission Et de leur programme Sous les Tsars L'assimilant A un instrument de l'Antéchrist Ils faisaient des prières Contre elles Maintenant considérées Comme un suppôt satanique de la réaction Ils la câblent d'invectives Un peu plus efficaces Que leurs anciens anathèmes Bientôt Ils la surmergeront De tout leur poids Et de toute leur force Il n'est guère impossible Que notre siècle Est à compter parmi ces curiosités Et en guise d'apocalypse Frivole la disparition Du dernier successeur de Saint-Pierre En divinisant l'histoire Pour discréditer Dieu Le marxisme n'a réussi Qu'à rendre Dieu plus étrange Et plus obsédant On peut tout étouffer Chez l'homme Sauf le besoin d'absolu Lequel survivrait A la destruction des temples Et même à l'évanouissement De la religion sur terre Le fond du peuple russe étant religieux Il prendra inévitablement Le dessus Ce sont les raisons d'ordre historique Qui contribueront pour une large part En adoptant l'orthodoxie La Russie Manifestait son désir De se séparer de l'occident C'était sa manière De se définir dès l'abord Jamais en dehors Des milieux aristocratiques Elle ne se laissa séduire Par les missionnaires catholiques En l'occurrence les jésuites Un schisme n'exprime pas Tant de divergences de doctrine Qu'une volonté d'affirmation ethnique Y transparaît Moins une controverse abstraite Qu'un réflexe national Ce ne fut pas La question ridicule Du filioque Qui divisa les églises Byzance voulait son autonomie totale A plus forte raison Moscou Schisme et hérésie Sont des nationalismes déguisés Mais alors que la réforme Prit seulement l'allure D'une querelle de famille D'un scandale au sein de l'occident Le particularisme orthodoxe Affectant Un caractère plus profond Allait marquer une division D'avec le monde occidental lui-même A refuser le catholicisme La Russie Retardait son évolution Perdait une occasion capitale De se civiliser rapidement Tout en gagnant en substance Et en unicité Sa stagnation la rendait différente La faisait autre C'est ce à quoi Elle aspirait présentant Sans doute que L'occident regretterait un jour L'avance qu'elle avait sur elle Plus elle deviendra forte Plus elle prendra Conscience de ses racines Dont en une certaine manière Le marxisme l'aura éloignée Après une coeur forcée D'universalisme Elle se re-russifiera Au profit de l'orthodoxie Du reste Elle a marqué D'une telle empreinte le marxisme Qu'elle l'aura slavisée Tout peuple de telle Convergure qui adopte une idéologie étrangère Et à cette tradition L'assimilation L'assimile et la dénature L'infléchit Dans le sens de sa destinée nationale La fausse à son avantage Au point de la rendre Indiscernable de son propre génie Il possède Une optique à lui Nécessairement déformante Un défaut de vision Qui, loin de le déconcerter Le flatte Et le stimule Les vérités Dont il se prévaut Dépourvues de valeur objective Qu'elles soient N'en sont pas moins vivantes Et produisent comme telles Ce genre d'erreurs Qui composent la diversité Du paysage historique Étant bien entendu Que l'historien Sceptique par métier Tempérament et option Se placent d'emblée En dehors de la vérité Cependant que les peuples occidentaux Pour la liberté et plus encore Dans la liberté acquise Rien n'y puisse tant que La possession ou l'abus de la liberté Le peuple russe souffrait Sans se dépenser Car On ne se dépense que Dans l'histoire Et comme il en fut évincé Force lui fut de subir Les infaillibles systèmes De despotisme qu'on lui infligea Existence obscure Végétative Qui lui permit de s'affermir D'accroître son énergie D'entasser des réserves Et de tirer de sa servitude Le maximum de profits Biologiques L'orthodoxie Lui a aidé Mais l'orthodoxie populaire Admirablement articulée Pour le maintenir en dehors des événements Au rebours de l'officielle Qui, elle, Orientait le pouvoir Vers des visées impérialistes Double face De l'église orthodoxe D'une part, elle travaillait A l'assoupissement des masses De l'autre, auxiliaire des tsars Elle en éveillait L'ambition Et rendait possible D'immenses conquêtes au nom D'une population passive Heureuse passivité Qui assurait aux russes leur prédominance Actuelle Fruit de leur retard historique Qu'elle leur soit Favorable ou hostile Toutes les entreprises de l'Europe Tournent autour d'eux Dès lors qu'elle les met Au centre de ses intérêts Et de ses anxiétés Elle reconnaît qu'il la domine virtuellement Voilà presque réalisé Un de leurs plus anciens rêves Qu'ils y soient parvenus Sous les auspices d'une idéologie De provenance étrangère Cela ajoute un supplément De paradoxes et de piquants A leur réussite Ce qui importe en définitive C'est que le régime, lui Soit russe Et tout à fait dans les traditions du pays N'est-il point révélateur Que la révolution Issue en ligne directe des théories Occidentales Ne soit de plus en plus orientée Vers les idées des slavophiles Un peuple d'ailleurs représente Non pas tant une somme d'idées Et de théories que d'obsessions Celles des russes De quelque bourg soit-il Sont toujours sinon identiques Du moins apparentés Un Tchadaev Qui ne trouvait aucun mérite A sa nation Ou un Gogol Qui la railla sans pitié Y était aussi attaché qu'un Dostoyevsky Le plus forçonné des nihilistes Nechayev Fut aussi hanté Par elle que Pobiedonov-Sev Procureur du Saint-Synode Réactionnaire à tout craint Cette hantise Seule compte Le reste n'est qu'attitude Pour que la Russie S'accommodât d'un régime libéral Il faudrait qu'elle s'affaiblit Considérablement Que sa vigueur s'exténua Mieux qu'elle perdit Son caractère spécifique Et se dénationalisa en profondeur Comment Y réussirait-elle Avec des ressources intérieures Inentamées Et ses mille ans d'autocratie A supposer qu'elle y arriva Par un bond Et elle se disloquerait sur le champ Plus d'une nation Pour se conserver Et s'épanouir A besoin d'une certaine dose De terreur La France elle-même N'a pu s'engager dans la démocratie Qu'au moment où ses ressorts Commencèrent à se relâcher Ou ne visant plus A l'hégémonie Elle s'apprêtait à devenir Respectable et sage Le premier empire Fut sa dernière folie Après ouverte à la liberté Et à reprendre péniblement l'habitude A travers nombre de convulsions Contrairement à l'Angleterre Qui, exemple déroutant S'y était faite De longue main Sans heure ni danger Grâce au conformisme Et à la stupidité Éclairée de ses habitants Elle n'a pas Que je sache Produit un seul anarchiste Le temps favorise A la longue les nations Enchaînées qui Amassant des forces Et des illusions Vivent dans le futur Dans l'espoir Mais qu'espérait encore Que la liberté Ou dans le régime Qu'il incarne Fait de dissipation De quiétude et de ramollissement Merveille qui n'a rien A offrir La démocratie est tout ensemble Le paradis et le tombeau d'un peuple La vie n'a de sens que par elle Mais elle manque de vie Bonheur immédiat Désastre imminent Inconsistance d'un régime Auquel on n'adhère pas Sans s'enfermer Dans un dilemme Torturant Mieux pourvu Autrement chanceuse La Russie n'a pas A se poser de tels problèmes Le pouvoir absolu est temporel Comme le remarquait déjà Karamzin Le fondement même de son être Toujours inspiré A la liberté sans jamais y atteindre N'est-ce pas N'est-ce point là Sa grande supériorité sur le monde occidental Lequel hélas Y a depuis longtemps accédé Elle n'a en outre Nulle honte de son empire Bien au contraire Elle ne songe qu'à l'étendre Les acquisitions des autres peuples Qui, mieux qu'elle, S'est empressé d'en bénéficier L'œuvre de Pierre le Grand Celle même de la Révolution Participe d'un parasitisme génial Et il n'est pas Jusqu'aux horreurs du jou Tartare Qu'elle n'ait supporté ingénieusement Si tout en se confinant Dans un isolement calculé Elle a su imiter l'Occident Elle a su encore mieux S'en faire admirer Et en séduire les esprits Les encyclopédistes S'entichèrent des entreprises De Pierre et de Catherine Tout comme les héritiers du siècle des Lumières J'entends les hommes de gauche Devant s'enticher De celles de Léline et de Staline Ce phénomène Complète pour la Russie Mais non pour les Occidentaux Qui, compliqués Et ravagés à souhait Et cherchant le progrès ailleurs Hors d'eux-mêmes Et de leur création Se trouvent aujourd'hui Paradoxalement plus proches Des personnages de ceux Yesskiens que ne le sont les Russes Encore convient-il de préciser Qu'il n'évoque que les côtés Défaillants de ces personnages Qu'ils n'en ont ni Les lubies féroces Ni la hargne virile Des possédés débiles À force de rationalisation Et de scrupules Rongés par des remords Subtils Par mille interrogations Des martyrs du doute Ébouis et anéantis Par leur perplexité Chaque civilisation Croit que son mode de vie Est le seul bon et le seul concevable Qu'elle doit y convertir le monde Ou le lui infliger Il équivaut pour elle À une Sotériologie expresse Ou camouflée En fait À un impérialisme élégant Mais qui cesse de l'être aussitôt Qu'il s'accompagne De l'aventure militaire On ne fonde pas un empire Seulement par caprice On assujettit les autres Pour qu'ils vous imitent Pour qu'ils se modèlent sur vous Sur vos croyances et vos habitudes Vient ensuite l'impératif Pervers d'en faire des esclaves Pour contempler En eux les bouches Flatteuses ou caricaturales de soi-même Qu'il existe Une hiérarchie Qualitative des empires J'y consens Les mongols et les romains Ne subjuguèrent pas Les peuples pour les mêmes raisons Et leurs conquêtes n'eurent pas Le même résultat Il n'en demeure pas moins Qu'ils étaient également experts À faire périr l'adversaire En le réduisant à leur image Que les aient Provoqués aux subis La Russie ne s'est jamais contentée De malheurs médiocres Et en sera de même à l'avenir Elle s'aplatira Sur l'Europe par fatalité physique Par l'automatisme De sa masse Par sa vitalité Surabondante et morbide Si propice à la génération D'un empire Dans lequel se matérialise Toujours la mégalomanie D'une nation Par cette santé qui est sienne Pleine d'imprévus, d'horreurs D'énigmes affectées Au service d'une idée messianique Rudiment et préfiguration De conquêtes Quand les slavophiles Soutenaient qu'elles devaient Sauver le monde Ils employaient un euphémisme On ne le sauve Guerre sans le dominer Pour ce qui est D'une nation Elle trouve son principe de vie En elle-même ou nulle part Comment serait-elle sauvée Par une autre ? La Russie pense toujours En sécularisant Et le langage et la conception Des slavophiles Qui lui revient d'assurer le salut du monde Celui de l'Occident en premier lieu A l'égard duquel Elle n'a du reste jamais prouvé Un sentiment net Mais de l'attirance et de la répulsion De la jalousie Mélange de cultes secrets Et d'adversions ostensibles Inspirées par le spectacle D'une pourriture Enviable Autant que dangereuse Dont le contact est à rechercher Mais plus encore À fuir Répugnant à se définir Et à accepter les limites Cultivant l'équivoque en politique Et en morale Et ce qui est plus grave en géographie Sans aucune des naïvetés Inhérentes aux civilisés Rendus opaques au réel Par les excès d'une tradition rationaliste Le Russe Subtil par intuition Autant que par l'expérience séculaire De la dissimulation Est peut-être un enfant historiquement Mais en aucun cas Psychologiquement D'où sa complexité d'homme Aux jeunes instincts Et aux vieux secrets Et également Les contradictions poussées Jusqu'au grotesque De ses attitudes Quand il se mêle d'être profond Et il y arrive sans effort Il défigure Le moindre fait La moindre idée On dirait qu'il a la manie De la grimace monumentale Tout est vertigineux Affreux Et insaisissable dans l'histoire Révolutionnaire ou autre Il y a encore Un incorrigible amateur D'utopie Or l'utopie c'est le grotesque En rose Le besoin d'associer le bonheur Donc l'inversable Au devenir Et de pousser une vision optimiste Aérienne Jusqu'au point où elle rejoint son point de départ Le cynisme Qu'elle voulait combattre Une féerie monstrueuse Que la Russie soit A même de réaliser son rêve D'un empire universel C'est là une éventualité mais non une certitude Elle est en revanche Pas tant Qu'elle peut conquérir et annexer toute l'Europe Et même qu'elle y procédera Ne suffisent que pour Rassurer le reste du monde Elle se satisfait de si peu Où trouver preuve Plus convaincante De modestie et de modération Un bout de continent ? En attendant Elle se contemple Du même œil dont les Mongols regardaient la Chine Et les Turcs Byzances Avec cette différence toutefois Qu'elle a déjà assimilé Bon nombre de valeurs occidentales Alors que les hordes Tartars et les Ottomans N'avaient sur leur proie future Qu'une supériorité Toute matérielle Il est sans doute regrettable Qu'elle ne soit pas Passée par la Renaissance Toutes ces inégalités viennent de là Mais Avec son don de brûler les étapes Elle sera dans un siècle Peut-être dans moins Aussi raffinée et aussi vulnérable Que laisse cet Occident Arriver à un niveau de civilisation Qu'on ne dépasse qu'en descendant Ambition suprême De l'Histoire Enregistrer la variation de ce niveau Celui de la Russie Inférieur à celui de l'Europe Ne peut que s'élever Et elle avec lui Autant dire Qu'elle est condamnée à l'ascension A force de monter Cependant ne risque-t-elle pas D'ébrider qu'elle est De perdre son équilibre Et de se ruiner Avec ses âmes pétrées Dans les sectes Et dans les steppes Elle donne une singulière impression D'espace et de Renfermer D'immensité et de suffocation De nord enfin Mais d'un nord spécial Irréductible à nos analyses Marquée D'un sommeil Et d'un espoir qui font frémir D'une nuit riche En explosion D'une aurore dont on se Souviendra Rien de la transparence Et de la gratuité méditerranéenne Chez ces hyperboréens Dont le passé comme le présent Semble appartenir à une autre Durée que la nôtre Devant la fragilité et le renom De l'Occident Ils éprouvent une gêne Conséquence de leur réveil tardif Et de leur vigueur inemployée C'est le complexe d'infériorité du fort Ils y échapperont Ils le surmonteront L'unique point lumineux Dans notre avenir Est leur nostalgie Secrète et crispée D'un monde délicat Au charme dissolvant S'ils y accèdent Tel apparaît le sens évident De leur destin Ils se civiliseront Avec leurs instincts Et perspectives réjouissantes Ils connaîtront eux aussi Le virus de la liberté Plus un empire S'humanise Plus il s'y développe Des contradictions Dont il périra D'allures composites De structures hétérogènes A l'inverse d'une nation En réalité organique Il a besoin pour subsister De la terreur Sauve-t-il à la tolérance Elle en détruira l'unité et la force Et agira sur lui Comme un poison mortel Qu'il se serait Lui-même administré C'est qu'elle n'est pas seulement Le pseudonyme de la liberté Elle est aussi De l'esprit Et l'esprit plus néfaste encore Aux empires qu'aux individus Les ronge La solidité Et en accélère L'effritement Aussi est-il l'instrument Même don pour les frapper Se sert une providence ironique Si malgré L'arbitraire de la tentative On s'amusait à établir en Europe Des zones de vitalité On constaterait que Plus on approche de l'Est Plus l'instinct S'accuse Et qu'il décroît Au fur et à mesure Qu'on se dirige vers l'Ouest Je reprends Si malgré L'arbitraire de la tentative On s'amusait à établir en Europe Des zones de vitalité On constaterait que plus On approche de l'Est Plus l'instinct s'accuse Et qu'il décroît au fur et à mesure Que l'on se dirige vers l'Ouest Les Russes Les Russes sont loin d'en avoir L'exclusivité Bien que les nations qui le possèdent Elles aussi appartiennent A des degrés divers A la sphère d'influence soviétique Ces nations n'ont pas Dit leur dernier mot Tant s'en faut Certaines comme la Pologne ou la Hongrie Jouèrent dans l'histoire un rôle Non négligeable D'autres comme la Yougoslavie, la Bulgarie Et la Roumanie Ceux qui ont vécu dans l'ombre Ne connurent que des sursauts Sans lendemain Mais quel qu'ait été leur passé Et indépendamment De leur niveau de civilisation Elles disposent toutes encore D'un fond biologique Qu'on chercherait en vain En Occident Maltraité, déshérité Précipité dans un martyre Anonyme Écartelé entre le désemparement Et la sédition Elles connaîtront peut-être Dans l'avenir Une compensation A tant d'épreuves D'humiliation et même A tant de lâcheté Le degré d'instinct Ne s'apprécie pas Le degré d'instinct Ne s'apprécie pas de l'extérieur Pour en mesurer l'intensité Il faut avoir pratiqué ou deviné Ces contrées Les seules au monde à miser encore Dans leur bel aveuglement Sur les destinées de l'Occident Imaginons maintenant Notre continent Incorporé à l'Empire russe Imaginons ensuite Cet empire trop vaste Se débilitant Et se désagrégeant Avec comme corollaire L'émancipation des peuples Lesquels d'entre eux prendraient le dessus Et apporteraient à l'Europe Ce surcroît d'impatience Et de force Sans quoi A un irrémédiable engourdissement le guet Je n'en saurais douter Ce sont Ceux que je viens de mentionner Vu la réputation Dont ils jouissent Mon affirmation paraît risible Pas pour l'Europe centrale Me dirait-on, mais les Balkans Je ne veux pas Défendre Mais je ne veux pas non plus taire Leur mérite Ce goût De la dévastation De la pagaille intérieure D'un univers pareil Un bordel en flammes Cette perspective sardonique Sur des cataclysmes échus Ou imminent Cette acreté Ce farnient D'insomniaques ou d'assassins De lourdes hérédités Que se lèguent dont bénéficient Ceux qui en viennent Et qui, frappés d'une âme Prouvent par cela même Qu'ils conservent Un résidu de sauvagerie Insolents et désolants Ils voudraient se rouler Dans la gloire Dont l'appétit est inséparable De la volonté de s'affirmer Et de sombrer du penchant Vers un crépuscule rapide Si leurs paroles sont virulentes Leur accent inhumain Et parfois ignoble C'est que mille raisons Les poussent à gueuler plus fort Que ces civilités qui ont Épuisé leurs cris Seuls primitifs en Europe Ils lui donneront peut-être Une impulsion nouvelle Celle, c'est ce qu'elle Ne manquera pas de considérer Comme sa dernière humiliation Et cependant Si le sud-est N'est qu'horreur Pourquoi, quand on le quitte Et qu'on s'achemine vers Cette partie du monde Ressent-on comme une chute Admirable et vraie dans le vide La vie en profondeur L'existence secrète Celle de peuples qui Ayant l'immense avantage d'avoir été Jusqu'ici rejetés par l'histoire Pur capitalisés des rêves Cette existence enfouie Promise au malheur d'une Résurrection commence au-delà De Vienne, extrémité Géographique du fléchissement Occidental L'Autriche Dont l'usure confine Au symbole ou au comique Préfigure le sort De l'Allemagne Plus aucun égarement D'envaigure chez les germains Plus de mission ni de Frénésie, plus rien Qui les rendent attachants Aux dieux Barbares prédestinés Ils choisirent l'Empire Romain Pour que l'Europe pût naître Ils l'affirent Il leur revenait de la défaire Vacillant avec eux Elles subirent le Contrecoup de leur épuisement Quelques dynamismes Qu'ils possèdent encore Ils n'ont plus ce qui Se cache derrière toute énergie Ou ce qui La justifie Voués à l'insignifiance Des elvettes en herbe À jamais hors de leurs Habituelles demesures Réduits à Remâcher leurs vertus dégradées Et à leurs vices amoindris Avec comme seul espoir La ressource d'être Une tribu quelconque Ils sont indignes de la crainte Qu'ils peuvent encore inspirer Croire en eux Ou leur douter C'est leur faire un honneur Qu'ils ne méritent guère Leur échec fut la providence De la Russie Eussent-ils abouti Qu'elles eussent été écartées Pour au moins un siècle De ces grandes visées Mais Ils ne pouvaient aboutir Car ils atteignirent au sommet De leur puissance matérielle Ils n'avaient plus rien à nous proposer Où ils étaient forts Et vides L'heure avait Donc sonné pour d'autres Les Slaves Ce sont-ils Ne sont-ils pas les anciens germains Par rapport au monde Qui s'en va Se demandait vers le milieu Du siècle dernier Herzen Le plus clairvoyant et le plus déchiré Des libéraux russes L'esprit aux interrogations prophétiques Écoeuré par son pays Déçu par l'Occident Aussi inapte à s'installer Dans une patrie que dans un problème Bien qu'il aime à spéculer Sur la vie des peuples Matière vague et inépuisable Pastant des migrés Les peuples cependant A en croire un autre russe Soloviev Ne sont pas ce qu'ils s'imaginent être Mais ce que Dieu pense de Dans son éternité J'ignore les opinions de Dieu Sur germains et slaves Je sais néanmoins Qu'il a favorisé ces derniers Et qu'il est tout aussi vain De leur féliciter Que de l'en blâmer De l'en féliciter que de l'en blâmer Elle est aujourd'hui tranchée La question que Tant de russes au siècle passé Se posaient sur leur pays Ce colosse a-t-il créé ? A-t-il été créé pour rien ? Le colosse a bel et bien sens Et quel sens ? Une carte idéologique Révèlerait qu'il s'étend Au-delà de ses limites Qu'il établit ses frontières Où il veut et où il lui chante Et que sa présence évoque partout Moins l'idée d'une crise Que d'une épidémie sanitaire Parfois souvent nuisible Que de l'en blâmer De l'en blâmer De l'en blâmer De l'en blâmer De l'en blâmer De l'en blâmer De l'en blâmer De l'en blâmer De l'en blâmer De l'en blâmer De l'en blâmer De l'en blâmer De l'en blâmer De l'en blâmer Une carte idéologique Révèlerait qu'il s'étend Au-delà de ses limites Qu'il établit ses frontières Où il veut et où il lui chante Et que sa présence évoque partout Moins l'idée d'une crise Que d'une épidémie Sanitaire parfois Souvent nuisible Toujours fulgrante Moins l'idée d'une crise Que d'une épidémie Sanitaire parfois Souvent nuisible Toujours fulgrante Donc on vient de passer le Covid L'Empire Romain Fut le fait d'une ville L'Angleterre fonda le sien Pour remédier à l'exhibuité D'une île L'Allemagne essaiera d'en ériger Un pour ne pas étouffer Dans un territoire surpeuplé Phénomène sans parallèle La Russie devait Justifier ses desseins d'expansion Au nom de son immense espace Du moment que j'en ai assez Pourquoi ne pas en avoir trop Tel est le paradoxe Implicite De ses proclamations Et de ses silences En convertissant l'infini En catégorie politique Elle allait bouleverser Le concept classique Et les cadres traditionnels de l'impérialisme Et susciter à travers le monde Un espoir trop grand Pour ne pas dégénérer En désarroi Avec ses dix siècles de terreur De ténèbres et de promesses Elle était plus apte que quiconque A s'accorder au côté nocturne Du moment historique Que nous traversons L'apocalypse lui scie A merveille Elle en a l'habitude et le goût Et s'y exerce aujourd'hui plus que jamais Puisqu'elle a visiblement changé de rythme Où te hâte-tu ainsi Aux Russies ? Se demandait déjà Gogol Qui avait perçu la frénésie Qu'elle cachait Sous son apparente immobilité Nous savons maintenant Où elle court Nous savons surtout qu'à l'image Des nations au destin impérial Elle est plus impatiente De résoudre les problèmes des autres Que les siens propres C'est dire que notre carrière Dans le temps Dépend de ce qu'elle décidera En entreprendra Ou entreprendra Elle tient notre avenir bien en main Heureusement pour nous Le temps n'épuise pas Notre substance L'indestructible L'ailleurs se conçoit En nous, hors de nous Comment le savoir ? Il demeure qu'au point Où en sont les choses Il n'en mérite intérêt Que les questions de stratégie De métaphysique Celles qui nous rivent à l'histoire Et celles qui nous en arrachent L'actualité, l'absolu Les journaux et les évangiles J'entrevois le jour Où nous ne lirons plus Que des télégrammes et des prières Fait remarquable Plus l'immédiat nous absorbe Plus Nous éprouvons le besoin De reprendre le contre-pied De sorte que nous vivons A l'intérieur du même instant Dans le monde ou hors du monde Aussi bien devant Le défilé des empires Ne reste-t-il Qu'à chercher Un moyen terme entre le rictus Et la sérénité

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