
En 1970 les chiens Ʃtaient dressƩs aux USA pour attaquer les Noirs.... ne l'oublions pas. A l'Ʃpoque les Russes Ʃtaient communistes et l'Afrique luttait encore ... et toujours pour son authenticitƩ... son identitƩ. Quoi de neuf ? Black Lives Matter ?
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Chien blanc, un livre Ć©crit par Romain Garry. Achetez ce livre, il est dans la collection Folio. 1. C'Ć©tait un chien gris avec une verrue comme un grain de beautĆ© sur le cĆ“tĆ© droit du miseau et du poil roussi autour de la truffe, ce qui le faisait ressembler au fumeur invĆ©tĆ©rĆ© sur l'enseigne du chien qui fume, un bar-tabac Ć Nice, non loin du lycĆ©e de mon enfance. Il m'observait, la tĆŖte lĆ©gĆØrement penchĆ©e de cĆ“tĆ©, d'un regard intense et fixe, ce regard des chiens de fourriĆØre qui vous guettent au passage avec un espoir angoissĆ© et insupportable. 2. Il avait un poitrail de lutteur, et bien des fois plus tard, lorsque mon vieux sang dit le taquiner, je le vis refouler l'important par la seule puissance de son thorax, comme un bulldozer. 3. C'Ć©tait un berger allemand. Il entra dans mon existence le 17 fĆ©vrier 1968, Ć Beverly Hills, où je venais de rejoindre ma femme, Jeanne Sieberg, pendant le tournage d'un film. Ce jour-lĆ , une averse dĆ©mesurĆ©e, comme le sont la plupart des phĆ©nomĆØnes naturels en AmĆ©rique lorsqu'ils s'y mettent, s'Ć©tait abattue sur Los Angeles, transformĆ©e en quelques minutes en une citĆ© lacustre, où les cadillacs dĆ©chus rampaient piteusement, Ć©crasant l'eau. La ville avait pris cet aspect incongru des choses destinĆ©es Ć un tout autre usage, auquel nous ont habituĆ©s depuis longtemps les surrĆ©alistes. J'Ć©tais inquiet pour mon chien Sandy, qui Ć©tait parti la veille pour une tournĆ©e de cĆ©libataire du cĆ“tĆ© de Sunset Slip, et n'Ć©tait pas encore rentrĆ©. Sandy Ć©tait demeurĆ© puceau jusqu'Ć l'Ć¢ge de quatre ans, grĆ¢ce Ć l'influence de notre milieu familial hautement moral, mais une garce d'O'Henry Drive lui avait fait perdre la tĆŖte. Quatre ans d'Ć©ducation bourgeoise et de principe exemplaire Ć©taient passĆ©s Ć la fenĆŖtre en deux coups de cuillĆØre Ć peau. Ce chien est une nature simple, crĆ©dule, fort mal armĆ©e pour affronter les milieux de cinĆ©ma de Hollywood. Nous avions amenĆ© de Paris toute notre mĆ©nagerie habituelle. Il y avait un chat birman Bruno et sa compagne Siamaz MaĆÆ. En rĆ©alitĆ© MaĆÆ Ć©tait un mĆ¢le, mais je ne sais trop pourquoi nous l'avions toujours considĆ©rĆ©e comme une fille, sans doute Ć cause des trĆ©sors de tendresse calines qu'il nous prodiguait. Il y avait encore une vieille chatte de gouttiĆØre bipo, misanthrope et sauvage, qui vous allongeait un coup de griffe dĆØs qu'on essayait de la caresser, un toucan Billy, que nous avions adoptĆ© en Colombie, et je venais d'offrir aux zoos privĆ©s de Jack Carter dans San Fernando Valley un magnifique piton de 7 mĆØtres surnommĆ© Pit l'Ć©trangleur, que j'avais rencontrĆ© sur mon chemin dans la brousse colombienne en mĆŖme temps que le toucan. J'avais dĆ» me sĆ©parer de Pit parce que mes amis refusaient de s'occuper de lui jusque pris d'une de ces bougeottes d'homme Ć qui la peau dans laquelle il est enfermĆ©e donne des crises de claustrophobie. Je me mets brusquement Ć courir d'un continent Ć l'autre, Ć la recherche de quelqu'un ou de quelque chose de diffĆ©rent, je ne sais trop quoi. Il vaut peut-ĆŖtre mieux que je prĆ©cise tout de suite que je n'ai jamais rien trouvĆ© d'autre dans mes courses aux poursuites, sauf des cigares assez extraordinaires Ć Madras, une des grandes et belles surprises de ma vie. De temps en temps j'allais rendre visite Ć mon piton, j'entrais dans l'enclos spĆ©cial que Jack Carter lui rĆ©servait par Ć©gard pour les Ć©crivains, je m'installais les jambes croisĆ©es en face de lui et nous nous regardions longuement avec un Ć©tonnement, une stupĆ©faction sans borne, incapables chacun de donner la moindre explication sur ce qui nous arrivait et de faire bĆ©nĆ©ficier l'autre de quelques Ć©clairs de comprĆ©hension tirĆ©s de nos expĆ©riences respectives. Se trouver dans la peau d'un piton ou dans celle d'un homme Ć©tait un avatar tellement ahurissant que cet effarement partagĆ© devenait une vĆ©ritable fraternitĆ©. Parfois Pete se mettait en triangle, les pitons ne se roulent pas en boule, ils se mettent en Ć©querre, j'avais alors l'impression qu'il me faisait ainsi un signe que je devais interprĆ©ter, depuis j'ai appris que la position en Ć©querre est pour le piton une position de dĆ©fense en prĆ©sence d'un danger et je suis ainsi que Pete l'Ć©tranglĆØre et moi avions vraiment une chose en commun, une extrĆŖme prudence dans les rapports humains. Vers midi, alors que des torrents d'eau dĆ©ferlaient dans les avenues, j'entendis un bel aboiement de bariton que je connaissais bien et j'allais ouvrir la porte. Sandy est un grand chien jaune, probablement descendant trĆØs indirect de quelques lointains danois, mais sous l'effet de la verse et de la boue son pelage avait pris une couleur de chocolat Ć©crasĆ©. Il se tenait Ć la porte, la queue basse, le museau au ras du sol, mimant la culpabilitĆ©, la honte et le retour du fils prodigue avec un parfait talent de faucheton. Je lui avais dit, je ne sais combien de fois, de ne pas traĆ®ner dehors la nuit. AprĆØs l'avoir menacĆ© du doigt et avoir prononcĆ© Ć quelques reprises les mots Ā« bad dog Ā», je m'apprĆŖtais Ć jouir pleinement de mon rĆ“le de seigneur et maĆ®tre adorĆ© et craint, dĆ©tenteur d'une autoritĆ© absolue, lorsque mon clĆ©bard tourna discrĆØtement la tĆŖte pour m'indiquer que nous n'Ć©tions pas seuls. Il avait en effet ramenĆ© un copain de rencontre, c'Ć©tait un berger allemand grisonnant, Ć¢gĆ© de six ou sept environ, une belle bĆŖte qui donnait une impression de force et d'intelligence. Je remarquais qu'il n'avait pas de collier, ce qui Ć©tait rare pour un chien de race. Je fis entrer mon salopard, mais le berger allemand ne partait pas. Il pleuvait si dur que son poil mouillĆ© et collĆ© le faisait ressembler Ć un phoque. Il remit Ć la queue, les oreilles dressĆ©es, l'Åil pĆ©tillĆ© en vif, avec cette attention intense des chiens qui guettent un geste familier ou un ordre. Il attendait clairement une invitation, revendiquait ce droit d'asile qui est inscrit depuis toujours dans les rapports des hommes avec leurs compagnons d'infortune. Je le prie d'entrer. Il est assez facile de se faire une idĆ©e du caractĆØre d'un chien sauf avec les Dobermann, chez qui j'ai toujours trouvĆ© des rĆ©actions imprĆ©visibles. Le grison me frappa immĆ©diatement par sa bonne disposition. Du reste, tous ceux qui ont vĆ©cu parmi les chiens savent que lorsqu'une bĆŖte manifeste de l'amitiĆ© Ć une autre, on peut presque toujours se fier Ć son jugement. Mon sandi Ć©tait le tempĆ©rament trĆØs doux et la sympathie qu'il offrait spontanĆ©ment Ć ce colosse sauvĆ© de l'averse Ć©tait pour moi la meilleure des recommandations. Je tĆ©lĆ©phonais Ć la SPA pour la prĆ©venir que j'avais recueilli un berger allemand errant en donnant mon numĆ©ro de tĆ©lĆ©phone au cas où son maĆ®tre se manifesterait, et fut soulagĆ© de constater que mon invitĆ© traitait mes chats avec les plus grands Ć©gards et que c'Ć©tait une bĆŖte de bonne compagnie. Au cours des jours qui suivirent, je reƧus de nombreuses visites, et le berger que j'avais surnommĆ© Batka, ce qui veut dire Ā« petit pĆØre Ā» ou Ā« pĆ©pĆØre Ā» en russe, eut beaucoup de succĆØs auprĆØs de mes amis, passĆ© le premier moment d'apprĆ©hension. En dehors de son poitrail de catcheur et de sa grande gueule noire, Batka avait en effet des crocs qui ressemblaient aux cornes de ces petits taureaux que l'on appelle au Mexique machos. Il Ć©tait pourtant d'une grande douceur, et reniflait les visiteurs pour mieux les identifier ensuite, et dĆØs la premiĆØre caresse, Ā« choc hands Ā», leur offrant la patte comme pour leur dire Ā« je sais bien que j'ai l'air terrible, mais je suis un trĆØs brave type Ā». Du moins, c'est ainsi que j'interprĆ©tais les efforts qu'il faisait pour rassurer mes invitĆ©s, mais il va sans dire qu'un romancier se trompe plus facilement qu'un autre sur la nature des ĆŖtres et des choses par ce qu'il les imagine. Je me suis toujours imaginĆ© tous ceux que je rencontrais dans ma vie ou qui ont vĆ©cu prĆØs de moi. Pour un professionnel de l'imagination, c'est plus facile, et cela vous Ć©vite de vous fatiguer. Vous ne perdez plus votre temps Ć essayer de connaĆ®tre vos proches, et Ć vous pencher sur eux, Ć leur prĆŖter vraiment attention. Vous les inventez. AprĆØs, lorsque vous avez une surprise, vous leur en voulez terriblement, ils vous ont dƩƧu. En somme, ils n'Ć©taient pas dignes de votre talent. Personne ne rĆ©clama le chien, et je le voyais dĆ©jĆ devenant membre attitrĆ© de ma famille. La maison que j'occupais dans Arden avait naturellement une piscine, et la compagnie d'entretien m'envoyait deux fois par mois un employĆ© pour la vĆ©rification de l'appareil de filtrage. En aprĆØs-midi, alors que j'Ć©crivais, j'entendis soudain du cĆ“tĆ© de la piscine un long rugissement suivi de ces aboiements saccadĆ©s, rapides et rageurs par lesquels les chiens signalent Ć la fois la prĆ©sence d'un intrus et l'immanence du combat qu'ils entendent lui livrer dans la seconde qui va suivre. Ce n'est souvent qu'un Ć©quivalent canin de notre Ā« retenez-moi ou je vais faire un malheur Ā», mais chez les vrais chiens de garde bien dressĆ©s, ce n'est pas de la frime. Je ne sais rien de plus Ć©nervant que ces dĆ©chaĆ®nements soudains et furibonds dont le but est de vous immobiliser sur place en attendant mieux. Je courus dans le patio. De l'autre cĆ“tĆ© de la grille se tenait un employĆ© noir venu contrĆ“ler le filtre de la piscine, et Batka se jetait contre le portail, l'Ć©cume Ć la gueule, dans un paroxysme de haine Ć ce point frayant que mon bras sandi avait rempĆ© en gĆŖnant sous un buisson et s'Ć©tait transformĆ© en descente de lit. Le noir se tenait complĆØtement immobile, paralysĆ© par la peur. Il y avait de quoi. Mon berger Bonas, toujours si aimable avec nos visiteurs, s'Ć©tait muet en une furie animale, retrouvant au fond de sa gorge des hurlements de fauves affamĆ©es qui voient la viande mais ne peuvent l'atteindre. Il y a quelque chose profondĆ©ment dĆ©moralisant, troublant dans ces brusques transformations d'une bĆŖte paisible, et que vous croyez connaĆ®tre en une crĆ©ature fĆ©roce et comme entiĆØrement autre. C'est un vĆ©ritable changement de nature, presque de dimension. Un de ces moments pĆ©nibles où vos petits rangements rassurants et catĆ©gories familiĆØres volent en Ć©clats. ExpĆ©rience dĆ©courageante pour les amateurs de certitude. Je me trouvais soudain confrontĆ© Ć l'image d'une brutalitĆ© premiĆØre, tapis au sein de la nature et dont on prĆ©fĆØre oublier la prĆ©sence souterraine entre deux manifestations meurtriĆØres. Ce qu'on appelait jadis l'humanitarisme s'est toujours trouvĆ© pris dans ce dilemme entre l'amour des chiens et l'horreur de la chiennerie. J'essayais de tirer Batka et de le faire rentrer Ć la maison, mais il avait vraiment le sens du devoir, ce salaud-lĆ . Il ne me mordait pas, mais mes mains Ć©taient couvertes de bave et il s'arrachait Ć mon Ć©treinte et se ruait sur le portail, l'Ć©crou Ć nu. Le noir se tenait de l'autre cĆ“tĆ©, ses outils Ć la main. C'Ć©tait un jeune homme. Je me souviens trĆØs bien de son expression parce que c'Ć©tait la premiĆØre fois que je voyais un noir face Ć la haine bestiale. Il avait cette air triste que prennent certains visages d'hommes qui ont peur. Pendant la guerre, j'ai souvent vu cette expression sur les traits de mes camarades d'escadrille. Je me souviens que la veille d'une mission en raz-de-mote qui s'annonƧait particuliĆØrement dangereuse, le colonel Fourquet m'avait dit Ā« Vous avez l'air bien triste, Gary Ā». J'avais peur. J'ai dit au jeune homme de partir, renonƧant Ć faire nettoyer ma piscine cette semaine-lĆ . Le lendemain, la mĆŖme scĆØne se reproduisait avec un employĆ© de la Western Union qui m'apportait un tĆ©lĆ©gramme. L'aprĆØs-midi, quelques amis vinrent me voir et malgrĆ© mon inquiĆ©tude, Batka les accueillit avec la plus grande amabilitĆ©. C'Ć©tait des Blancs. Je me rappelais alors que l'employĆ© de la Western Union Ć©tait Ć©galement un Noir. Fin du chapitre 1, premiĆØre partie du livre Romain Gary intitulĆ© Ā« Les chiens blancs Ā». C'est un roman qui explique que des chiens pendant l'apartheid aux Etats-Unis ont Ć©tĆ© dressĆ©s spĆ©cialement pour attaquer des Noirs. Donc les policiers utilisaient les chiens pour attaquer les Noirs. Et la question fondamentale qui se pose, comment faire pour qu'un chien dressĆ© pour attaquer les Noirs devienne normal ? Alors la question est comme Ƨa, simple Ć priori, mais on peut la transposer dans les relations plutĆ“t humaines. Comment faire pour que des ĆŖtres humains qui ont Ć©tĆ© formĆ©s ou qui ont Ć©tĆ© Ć©levĆ©s dans la crainte de l'autre, comment sortir de leurs rĆ©actions, de leurs habitudes, de leurs automatismes mentaux, comment faire pour les rendre un peu plus, j'irais, normaux ? Parce que le milieu dans lequel ils ont Ć©tĆ© Ć©duquĆ©s les rend agressifs aux autres. Comment faire pour que les ĆŖtres humains qui ont Ć©tĆ© enfermĆ©s dans des cultures qui se croient exclusives et Ć©lues, comment faire pour que ces ĆŖtres humains soient tolĆ©rants ? En d'autres termes, comment faire pour qu'un chinois considĆØre un amĆ©ricain comme un ami ou une personne, j'irais, en tant que telle et non comme un opposant potentiel ? Comment faire pour qu'un ukrainien puisse discuter avec un moscovite sans arriĆØre-pensĆ©e de guerre Ukraine-Russie ? Comment faire pour qu'un arabe puisse discuter avec un chrĆ©tien sans le considĆ©rer comme une personne impure ? Voyez donc, comment faire pour qu'un juif orthodoxe puisse discuter avec un arabe Ć JĆ©rusalem comme une personne tout Ć fait normale ? VoilĆ , donc en prenant l'exemple du chien dressĆ© pour attaquer les noirs, Romain Gary soulĆØve une question fondamentale, une question sur l'Ć©ducation, la tolĆ©rance, les discours qui poussent certaines personnes Ć croire les narrateurs. En gros, comment sortir des automatismes ? Comment tout simplement ĆŖtre indĆ©pendant, libre d'esprit, critique par rapport Ć quelques discours que ce soit ? Que ce soit le discours de la laĆÆcitĆ©, que ce soit le discours religieux, que ce soit le discours politique ou mĆŖme quand on est dans une entreprise, le discours de la corporation. Vous imaginez ceux qui travaillent pour Google, comment faire pour que les employĆ©s de Google considĆØrent Google comme une entreprise non pas exceptionnelle mais une entreprise dont ils sont bien sĆ»r les propriĆ©taires parce que c'est eux qui font la valeur de Google et non soumis Ć quelques prĆ©sidents ou prĆ©sidents du conseil d'administration ou quoi que ce soit. Donc en d'autres termes, comment libĆ©rer le mental des automatismes ? TrĆØs intĆ©ressant, je partagerai d'autres extraits.
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