

RĂ©publicain aux avant-postes du combat anti-fasciste, Jean Zay, ministre de l'Ăducation nationale et des Beaux-Arts, sera assassinĂ© par la milice aprĂšs avoir passĂ© quatre ans dans les prisons de Vichy. En 1932, Jean Zay, jeune avocat au barreau dâOrlĂ©ans, est Ă©lu dĂ©putĂ© radical du Loiret. En 1936, Ă 32 ans, il se voit confier par LĂ©on Blum le ministĂšre de lâEducation nationale et des Beaux-Arts. Il dĂ©mocratise et modernise le systĂšme scolaire français. Il crĂ©e le CNRS, le musĂ©e de lâHomme, le f
Track plays, engagement, audience growth, and performance across your audio.
Try now
Listen to 2023-05-08-Jean Zay souvenirs et solitude 1 5 Marseille 1940 by HOUYENGAH MP3 song. 2023-05-08-Jean Zay souvenirs et solitude 1 5 Marseille 1940 song from HOUYENGAH is available on Audio.com. The duration of song is 25:30. This high-quality MP3 track has 128 kbps bitrate and was uploaded on 29 May 2023. Stream and download 2023-05-08-Jean Zay souvenirs et solitude 1 5 Marseille 1940 by HOUYENGAH for free on Audio.com â your ultimate destination for MP3 music.










Creator Music & SFX Bundle
Making videos, streaming, podcasting, or building the next viral clip?
The Content Creator Music & SFX Bundle delivers 70 packs of hard-hitting tracks and sound effects to give your projects the fresh, pro edge they deserve.










Comment
Loading comments...
The first part of the transcription is an advertisement for home protection services offered by CrĂ©dit Agricole, which includes surveillance against theft and fire. The second part is about a radio program called "Jean Zay, souvenirs et solitude" which tells the story of Jean Zay, a French politician and minister of education who was targeted by the Vichy regime during World War II. The program highlights Zay's achievements and his imprisonment before his assassination by the French militia. The last part of the transcription describes Zay's experiences in prison, including his transfer to Marseille and his living conditions there. C'est une bagnole ou c'est un tĂ©lĂ©phone ? C'est le voisin, il y a des cambriolages dans le quartier. Et alors ? Comment ça, et alors ? Pierre ? Oui ? C'est le CrĂ©dit Agricole. Je vous rappelle qu'avec Ma Protection Maison, votre domicile est protĂ©gĂ© des intrusions et des incendies 24h sur 24. Bon, on va se baigner ! Ma Protection Maison, la tĂ©lĂ©surveillance du CrĂ©dit Agricole Ă partir de 18,90⏠par mois. Prestation exĂ©cutĂ©e par Nexecur Protection, sociĂ©tĂ© du groupe CrĂ©dit Agricole et agréée par le Conseil National des ActivitĂ©s PrivĂ©es de SĂ©curitĂ©. Offre et conditions sur credit-agricole.fr Bonsoir. 20h30, c'est l'heure du feuilleton. Ce soir, vous pourrez entendre en nouvelle diffusion Jean Zay, souvenirs et solitude. Un feuilleton diffusĂ© en direct sur France Culture au mois de mars 2013. En 1932, Jean Zay, jeune avocat au barreau d'OrlĂ©ans, est Ă©lu dĂ©putĂ© radical du Loiret. En 1936, Ă 32 ans, il se voit confiĂ© par LĂ©on Blum, le ministĂšre de l'Ăducation Nationale et des Beaux-Arts. Il dĂ©mocratise et modernise le systĂšme scolaire français et est Ă l'origine de la crĂ©ation du MusĂ©e de l'Homme, du MusĂ©e d'Art Moderne, du CNRS, de l'ENA et du Festival de Cannes, mĂȘme si ces deux derniers ne verront le jour qu'aprĂšs sa mort. Il est sans relĂąche attaquĂ© par l'extrĂȘme droite française comme ministre du Front Populaire, anti-municois, juif et franc-maçon. En 1940, hostile Ă l'armistice, il est l'une des premiĂšres cibles du rĂ©gime de Vichy. AprĂšs un simulacre de procĂšs, il est emprisonnĂ©. Souvenir et Solitude est l'Ćuvre Ă laquelle, de 1940 Ă 1944, Jean Zay, malgrĂ© la duretĂ© de ses conditions de dĂ©tention, consacre l'essentiel de ses forces. Il est assassinĂ© par la milice française le 20 juin 1944. Il a 39 ans. Mesdames, Messieurs, veuillez Ă©couter M. Jean Zay, ministre de l'Education nationale. Monsieur le PrĂ©sident de la RĂ©publique, Messieurs les Ambassadeurs, Messieurs les PrĂ©sidents, Mesdames, Messieurs, Nous nous sommes assemblĂ©s ici, ce soir, en mĂ©moire de notre premiĂšre AssemblĂ©e nationale. Et de nos ancĂȘtres du tiers Ătat, reprĂ©sentants librement Ă©lus, qui firent prĂ©valoir dans notre pays la libertĂ© et l'Ă©galitĂ© des droits. Jean Zay, souvenirs et solitude. Choix de textes et interprĂ©tations, BenoĂźt Giros et Pierre Beaux. Improvisation musicale, François Couturier. Choix de textes et interprĂ©tations, Jean Zay, souvenirs et solitude. Choix de textes et interprĂ©tations, François Couturier. Premier Ă©pisode, Marseille, 1940. Dimanche 6 octobre 1940. Lettre Ă sa femme, Madeleine Zay, et Ă son pĂšre, LĂ©on Zay. Ce qui m'est arrivĂ©, ce dont je suis victime, ce pourquoi on veut me faire l'honneur du martyr, vous l'avez compris, devinez. Sans mĂȘme avoir assistĂ© Ă l'audience, Ă la condamnation, vous en savez le sens, la portĂ©e, la signification, les raisons. Je suis condamnĂ©e Ă une peine politique qui n'a jamais Ă©tĂ© appliquĂ©e depuis la Commune, et dont personne ne se souvenait plus. Au point que des journaux ont dĂ» l'expliquer, et mal d'ailleurs, car personne ne la connaĂźt plus. Les juges ne m'ont trouvĂ© aucune circonstance attĂ©nuante. Ils m'ont infligĂ© une peine qu'on Ă©pargne Ă des assassins, Ă des traĂźtres, et qui n'a mĂȘme pas Ă©tĂ© demandĂ©e pour ceux qu'on accuse d'ĂȘtre responsables de notre dĂ©sastre militaire. Du mĂȘme coup, tout est devenu clair. Comment ne serais-je pas plein de sĂ©rĂ©nitĂ© ? Mon innocence accroĂźt de la fiertĂ© de souffrir pour ce que je suis, pour ce que je reprĂ©sente, pour ce que j'ai Ă©tĂ©, pour ce que je puis ĂȘtre encore. Le martyr est une aurĂ©ole. Je serai digne de mon destin. Et puisque tout cela compte, l'injustice n'a qu'un temps. Ce soir, Ă 6 heures, mercredi 6 dĂ©cembre 1940, le capitaine commandant la prison militaire de Clermont-Ferrand, excellent homme, officier de rĂ©serve, Ă©picier en gros dans le civil, pĂ©nĂštre dans la cellule que j'occupe depuis prĂšs de 4 mois, et m'annonce « Vous partez cette nuit pour Marseille. » Je viens de recevoir l'ordre. Pour Marseille, et de lĂ ? De lĂ , je ne sais pas. Ă 4 heures du matin, jeudi 7 dĂ©cembre 1940, sous la conduite d'un lieutenant de gendarmerie que renforcent un brigadier et deux gendarmes, je ne me savais pas si dangereux, j'ai quittĂ© Clermont-Ferrand. Ces gendarmes sont charmants, comme tous ceux auxquels j'ai eu affaire. Il y a une gentillesse des gendarmes, instituĂ©e par la nature comme contrepoids Ă l'injustice humaine. Ă la gare de Clermont, sinistre dans la nuit, sous ces haillons de neige sale, un ami, que j'avais alertĂ© par un de ses moyens clandestins dont on dispose toujours en prison et qui s'est dĂ©jĂ renseignĂ©, rĂ©ussit Ă m'approcher quelques secondes et me souffle que je pars pour la Guyane, pour l'Ăźle du diable mĂȘme. La Guyane, c'est le lieu ordinaire de la dĂ©portation, l'Ăźle du diable, quelle brusque Ă©vocation ! Depuis mon procĂšs terminĂ© le 4 octobre par une peine politique dont le choix constituait un aveu, personne n'a supposĂ© qu'on songea Ă me dĂ©porter effectivement. Vichy semblait embarrassĂ© de son prisonnier, je me croyais oubliĂ© dans ma cellule de Clermont-Ferrand. Pourquoi se dĂ©termine-t-on soudain Ă exĂ©cuter cette anachronique condamnation ? Sous la verriĂšre de la gare, d'oĂč s'abattent des paquets de neige fondue, je ne me pose pas tant de questions, j'ai appris Ă ne plus m'Ă©mouvoir. Cependant, ces mots, la Guyane, l'Ăźle du diable, si eau en couleur pour l'esprit quand l'hiver glace le corps, rendent un son Ă©trange. Ils matĂ©rialisent tout Ă coup mon incroyable aventure, symbolisent l'arrachement qui m'emporte loin des miens et de la vie. C'est par lĂ que l'Ă©motion naĂźt et que mon cĆur se serre. Nous arrivons Ă Marseille dans l'aprĂšs-midi. Devant la gare Saint-Charles, un taxi nous attend. On me conduit directement au Fort Saint-Nicolas qui, jugĂ© sur son piton, domine sans grĂące le vieux port. Il y souffle une bise glacĂ©e. Fait-il jamais si froid Ă Marseille ? Le directeur, corse et capitaine, me laisse entendre que c'est par faveur qu'il ne me fait pas raser les cheveux ou fouiller Ă corps. Mais on me dĂ©pouille de mes livres, de mon stylo, de mon tabac, de mon rasoir, de ma montre. On m'enlĂšve jusqu'Ă mon alliance. Comme je proteste contre appareils et traitements en tout Ă©tat de cause illĂ©gale, le directeur Ă©largit les bras dans un geste indĂ©finissable qui veut exprimer l'impuissance mais rĂ©vĂšle surtout une secrĂšte satisfaction. « Ne vous plaignez pas, » dit-il, « vous allez avoir une cellule toute neuve. » Nous traversons quelques cours oĂč tourneront des prisonniers transis et nous arrivons de l'autre cĂŽtĂ© du fort, sur le flanc nord, exposĂ©s aux mistrales et aux rafales maritimes et Ă la cour nord. C'est un quadrilatĂšre fermĂ© de murs interminables sur lequel s'ouvrent douze cellules. Elles sont neuves, en effet. La mienne mesure environ trois mĂštres sur cinq. Elle ne comporte pas de lit mais un bas flanc avec une paillasse, un sac Ă viande et trois couvertures, une tablette de fer scellĂ©e au mur, un tabouret, le cachot classique. Pas de feu, naturellement. Comme je n'ai rien mangĂ© depuis le matin, on m'apporte une gamelle d'eau chaude oĂč flottent des lĂ©gumes gĂ©latineux. Je n'y puis toucher. Quand on referme la porte de fer et comme il n'est guĂšre que quatre heures, je m'aperçois qu'une obscuritĂ© presque complĂšte rĂšgne dans ce rĂ©duit. C'est qu'il n'y a point de fenĂȘtre, seulement un Ă©troit basistas prĂšs du plafond et le verre grillagĂ© en est dĂ©poli. Je n'ai point dormi. Relottant de froid et cherchant vainement Ă retenir sur moi les couvertures trop Ă©troites. Vendredi 8 dĂ©cembre 1940. La Cour-Nord est un entonnoir oĂč tourbillonne un vent glacial qui pĂ©nĂštre Ă son nez sous la porte et par le basistas disjoint. Comme je m'assoupissais tout de mĂȘme, vers six heures du matin, j'ai Ă©tĂ© rĂ©veillĂ© par de terribles coups de coude qui m'attaquent Ă la tĂȘte. Comme je m'assoupissais tout de mĂȘme, vers six heures du matin, j'ai Ă©tĂ© rĂ©veillĂ© par de terribles coups de clĂ© qui rĂ©sonnaient longuement sur les ferrures de la porte. C'est la ronde de rĂ©veil. Pas de cafĂ©. Pour toute nourriture, une gamelle, comme celle d'hier. A 9 heures du matin et une autre Ă 3 heures du soir. Elles sont imangeables. On me les passe par le guichet percĂ© dans la porte. J'aperçois donc, confusĂ©ment, quelques secondes, un visage humain. Il ne m'adresse pas la parole. Si je lui demande l'heure, il referme le guichet sans rĂ©pondre. On me remet une cuillĂšre en mĂȘme temps que la soupe, mais en reprenant la gamelle vide, quelques instants plus tard, on reprend Ă©galement la cuillĂšre qui doit demeurer accrochĂ©e Ă un clou extĂ©rieur. Heureusement, il y a une cruche d'eau et c'est tout ce que rĂ©clame ma fiĂšvre naissante. De 10 heures du matin Ă 4 heures de l'aprĂšs-midi environ, une lumiĂšre pĂąle et honteuse, que je ne puis croire celle du soleil, baigne la cellule. Le reste du temps, ce sont les tĂ©nĂšbres. Il y a bien une minuscule ampoule au plafond, mais elle s'allume du dehors et ne doit servir qu'au surveillant dans ses rondes de nuit pour s'assurer, en collant son regard Ă l'Ćil qui trouve la porte, que je suis toujours lĂ . Effectivement, je suis toujours lĂ , allongĂ© sur la paillasse. J'ai mis sur moi tous mes vĂȘtements et jusqu'Ă ma valise. Samedi 9 dĂ©cembre 1940 Je fais l'apprentissage de plusieurs sensations nouvelles oĂč la fin figure en bonne place. Je suis un homme, je suis un homme, je suis un homme, je suis un homme, je suis un homme, je suis un homme, je suis un homme, je suis un homme, je suis un homme, Il n'y a pas de cantine ici et la simple odeur de la gamelle continue Ă me soulever le cĆur. Par bonheur, je retrouve au milieu des objets divers que j'ai jetĂ©s pelle-mĂȘle dans ma valise une poignĂ©e de figues, un peu de chocolat, quelques noix. Comme un naufragĂ©, je ferai durer ces victuailles. Pour chaque repas, deux noix, une figue et un tiers de la tablette de chocolat. J'ai maintenant droit Ă deux promenades par jour, une heure le matin, une heure le soir. Elles ont lieu dans la cour qui sĂ©pare les deux rangĂ©es de cellules, mais il faut le pas accĂ©lĂ©rer pour supporter le vent et les rafales de neige. Encore est-ce une faveur, paraĂźt-il, car d'ordinaire, les prisonniers ne doivent prendre l'air que dans un emplacement de deux mĂštres sur trois, Ă ciel ouvert mais sein de mur bas, qui prĂ©cĂšde chaque cellule comme une antichambre dĂ©risoire. J'ai rĂ©clamĂ© une couverture supplĂ©mentaire. ChoquĂ© de cette exigence qui dĂ©passait sa compĂ©tence, mon gardien m'a conduit chez le directeur. Celui-ci, qui chauffait ses bottines devant un poĂȘle poussĂ© au rouge, m'a rĂ©pondu qu'il n'en possĂ©dait plus. Il m'a rappelĂ©, en outre, que j'Ă©tais au secret. Cela signifie que les lettres que j'ai Ă©crites hier au crayon n'ont pas Ă©tĂ© expĂ©diĂ©es. En sortant de chez le directeur, j'Ă©tais devant le magasin dont la porte est bĂ©ante. La pile de couverture neuve y atteint le plafond. Je n'ai pas moins froid couchĂ© que debout. Lundi 11 dĂ©cembre 1940 Je ne puis lire longtemps car dĂšs 3h30 le demi-jour cĂšde la place Ă la nuit qui monte comme une marie sournoise. La lucarne n'est dĂ©jĂ plus qu'un rectangle laideau. Le silence pĂšse. Nuit blanche, comme cette expression est ironique. Je fixe au plafond une tĂąche indĂ©cise qui m'hypnotise. Reflet agonisant du jour, araignĂ©e, soeur d'humiditĂ©. J'arpente la cellule. Il y a sept pas d'un bout Ă l'autre, sept pas pour revenir. Douze fois ce trajet doit faire Ă peu prĂšs une minute. Combien faut-il de pas pour faire une heure ? Mardi 12 dĂ©cembre 1940 Mes provisions ont pris fin Ă©tonnement de mesurer pour la premiĂšre fois sa propre rĂ©sistance Ă des sensations qu'on croyait surannĂ©es. La faim, le froid, la solitude. J'absorbe sans effort la gamelle, mais je m'habitue moins facilement au froid. Le vent, la pluie, la neige se succĂšdent furieusement dans la cour nord comme des rivaux obstinĂ©s. Samedi 21 dĂ©cembre 1940 Il y a deux façons de se laver. Se rendre dans la cour Ă l'abreuvoir dont il faut prĂ©alablement casser la glace ou bien utiliser sa gamelle. Presque tout le monde se lave dans sa gamelle. Dimanche 22 dĂ©cembre 1940 Dimanche. Pour un dĂ©tenu, aucune diffĂ©rence fut-elle insignifiante ne distingue le dimanche des autres jours. Le rythme des semaines est ainsi brisĂ©. La fuite du temps prend une uniformitĂ© surprenante. Il suffit de l'abolition de cette habitude, dont on ne mesurait pas l'importance, pour ĂŽter Ă la durĂ©e toute rĂ©alitĂ©, pour faire de l'existence une chose vague et sans limite. Instinctivement, on veut Ă tout prix que ce soit dimanche. C'est ainsi que quand on a dĂ©couvert qu'il y a aujourd'hui moins de surveillants en service, on est soulagĂ©, heureux. Dieu merci, c'est tout de mĂȘme dimanche puisqu'il y a deux surveillants de moins dans la cour. Il n'y a plus de dimanche pour moi, mais il y a un dimanche pour les surveillants. Le dimanche existe toujours. C'est donc que la vie normale n'est pas abolie, qu'elle se poursuit encore quelque part, que je pourrais un jour la retrouver. RĂȘve indistinct du prisonnier. Par cette pente, l'esprit dĂ©couvre la place immense qu'occupent dans notre vie les habitudes, celles qui y sont Ă ce point entrĂ©es qu'elles sont devenues insensibles. Soir de NoĂ«l. Je n'attendais rien et cependant, quand Ă sept heures, comme Ă l'ordinaire, la lumiĂšre fut brutalement coupĂ©e, alors que je n'avais pas encore gagnĂ© mon lit, ce fut comme si je recevais un coup. Mardi 24 dĂ©cembre 1940 Dans la nuit, nous avons entendu les cloches de Marseille. Personne ne dormait. DerriĂšre leurs grilles, mes voisins se sont mis Ă chanter et ce ne sont point des cantiques. Pourtant, le moindre refrain de musicaule avait une allure soulanelle. CouchĂ© sur le dos, dans ma minuscule cellule qui ressemble Ă une boĂźte sans couvercle, je contemple la voĂ»te lourde et Ă©levĂ©e. Des reflets de lune se jouent sur les pierres blanchies Ă la chaux, leur donnent une profondeur Ă©trange. Et l'on dirait le plafond atmosphĂ©rique d'un cinĂ©ma parisien dernier cri. Jeudi 26 dĂ©cembre 1940 Mon voisin de droite, nouveau venu, qui n'a pas encore touchĂ© sa gamelle et qui depuis trois jours m'emprunte la mienne pour s'y faire servir la soupe dĂšs que j'ai terminĂ©, me confie en souriant qu'il a la gale. Mardi 31 dĂ©cembre 1940 La nĂ©cessitĂ© rend ingĂ©nieux. Les dĂ©tenus qui m'entourent ont peu Ă peu remplacĂ© tous les objets dont le rĂšglement les prive. Ils se sont fabriquĂ©s des briquets avec une boĂźte Ă cirage, un bout de chiffon et de silex, des couteaux avec un morceau de fer blanc, des jeux de cartes et de jaquets, des dĂ©s avec du carton, des pipes avec une grosse racine. Dans l'angle d'une cour, il y a un cadran solaire improvisĂ©. Il faut venir en prison pour comprendre Robinson Crusoe. Voici terminĂ©e l'affreuse annĂ©e. Comme une Ă©pave malveillante rodant sur les eaux, elle ne parviendra pas Ă s'enfoncer dans nos souvenirs. DerriĂšre ma grille, debout dans l'obscuritĂ©, j'attends vainement un signe qui me prouve son achĂšvement et qui, dans cette nuit de prison pareille aux autres, rĂ©vĂšle un tournant du destin. Mais tout se tait autour de moi. Mon annĂ©e finit dans le silence accablĂ© de la solitude et de l'impuissance. Au rĂ©veil, mĂȘme jour gris et sale derriĂšre les barreaux, dans la cour, mĂȘme neige et mĂȘme vent, mĂȘme horaire insipide, mĂȘme allĂ© et venu sans but des surveillants en pĂšlerine. Mercredi 1er janvier 1941 Il faut un effort d'imagination pour sentir que vient de se lever l'espĂ©rance d'une annĂ©e nouvelle. Pourtant, les prisonniers Ă©changent leur vĆu. La visite rĂ©cente d'un gĂ©nĂ©ral inspecteur qui s'est montrĂ© Ă©mu de ce qu'il a vu au Fort Saint-Nicolas et ne l'a pas cachĂ©, alimente toutes les conversations. On en conclut que les choses vont s'amĂ©liorer. Espoir qui ne sera pas entiĂšrement déçu puisqu'Ă midi, chacun reçoit une orange. Quinze ou vingt degrĂ©s au-dessous de zĂ©ro. Vendredi 3 janvier 1941 Les dĂ©tenus, punis de cellules, souvent pour une faute d'agnelle, n'ont qu'une gamelle tous les trois jours. On a trouvĂ© ce matin l'un d'entre eux avec un pied gelĂ©. Le directeur dit au mĂ©decin que ce misĂ©rable l'a fait exprĂšs pour lui causer des embĂȘtements et que dans ce but, il a dĂ» glisser son pied sous la porte pour l'exposer au froid. Vers dix heures du matin, sur un brusque coup de tĂ©lĂ©phone venu de Vichy, on m'invite Ă plier bagage. Une fois encore, je pars pour une destination inconnue au milieu de l'Ă©motion de mes voisins qui imaginent que je reprends mon voyage interrompu vers les Ăźles. Mardi 7 janvier 1941 Alors que mes dĂ©placements Ă©taient jusqu'ici conduits par un officier de gendarmerie, on ne m'a donnĂ© cette fois que deux gendarmes, d'ailleurs charmants comme toujours. En outre, on n'a retenu aucune place dans les trains, prĂ©vu aucune voiture. Dans les rues de Marseille, Ă la gare Saint-Charles, en troisiĂšme classe, je dois circuler au milieu de la foule qui me regarde curieusement entre mes deux gendarmes. Les gens savent, il est vrai, pour quels motifs on arrĂȘte et on emprisonne depuis quelques mois. Leurs regards le disent. D'autre part, privĂ© de coiffeur et de rasoir, depuis un mois, je porte une barbe surprenante qui me rend mĂ©connaissable. N'importe. Elle me produit des sensations que j'aurais bien cru ne jamais connaĂźtre et je ne les souhaite pas Ă mon pire ennemi. En gare de Tarascon, oĂč nous dĂ©vorons un sandwich, notre seul repas de la journĂ©e, un des gendarmes me confie qu'il a mission de me conduire Ă Rion. Il est prĂšs de minuit quand nous dĂ©barquons en gare de ce chef-lieu de cour d'appel oĂč je vins naguer plaidĂ©. Neige Ă©paisse. Vent glacial. La gare est dĂ©serte. Nous sommes seuls Ă descendre du train. Au greffe de la maison d'arrĂȘt, tandis que, ne sachant trop Ă quoi s'en tenir, on m'inscrit comme passager sur le registre. Premier contact aigre doux avec le directeur. Comme je m'informe du rĂ©gime qui va m'ĂȘtre rĂ©servĂ©... â Le droit commun, rĂ©pond cet homme, la dĂ©tention de droit commun. â Plus, et fusse pour la forme, je proteste, mais il m'interrompt du geste Ă©glapi. â Ce n'est plus l'ancien systĂšme, non, c'est fini, l'ancien systĂšme. â Quel ancien systĂšme ? â Le Front populaire. â Il m'abonne que je dois ĂȘtre bien content de conserver mes vĂȘtements civils. La cellule oĂč l'on me conduit est une grande piĂšce nue aux murs blanchis Ă l'achaud et dans laquelle semble perdu un lit de dĂ©tenus Ă barreaux de fer, une table de bois blanc, une chaise et un poĂȘle. On m'apporte un bol de cafĂ©. Je me couche et m'endors profondĂ©ment. Je n'ai plus qu'une existence purement physique, parfaitement sereine. C'Ă©tait, en nouvelle diffusion, un feuilleton rĂ©alisĂ© en direct du Studio 114 en mars 2013. Choix de textes et interprĂ©tations BenoĂźt Giros et Pierre Beaux et les voix d'HĂ©lĂšne Losser et de Jean Zay. Improvisation musicale François Couturier. Ăquipe de rĂ©alisation Philippe Bredin, Manon Houssin, Guy PĂ©ramore, Pauline ZiadĂ©, Marguerite GĂąteau. ConseillĂšre littĂ©raire Emmanuelle ChevriĂšre. Remerciements Ă HĂ©lĂšne et Catherine Zay. Souvenirs et solitude est publiĂ© aux Ă©ditions Belin. Sous-titres rĂ©alisĂ©s para la communautĂ© d'Amara.org
There are no comments yet.
Be the first! Share your thoughts.
