Où vont tous ces enfants dont pas un seul ne rit, Ces douze ĆŖtres pensifs que la fiĆØvre maigrit, Ces filles de huit ans qu'on voit cheminer seules, Ils s'en vont travailler quinze heures sous des meules, Ils vont, de l'aube au soir, faire Ć©ternellement, Dans la mĆŖme prison, le mĆŖme mouvement, Accroupis sous les dents d'une machine sombre, Monstre hideux qui mĆ¢che on ne sait quoi dans l'ombre, Innocents dans un bagne, anges dans un enfer, Ils travaillent, tout est d'airain, tout est de fer, Jamais on ne s'arrĆŖte et jamais on ne joue, Aussi quelle pĆ¢leur, la cendre est sur leurs joues, Il fait Ć peine jour, ils sont dĆ©jĆ bien lĆ , Ils ne comprennent rien Ć leur destin, hĆ©las, Ils semblent dire Ć Dieu, petits comme nous sommes, Notre PĆØre, voyez ce que nous font les hommes, Ć servitude infĆ¢me, imposĆ©e Ć l'enfant, Rachitisme, travail dont le souffle Ć©touffant, DĆ©faite ce qu'a fait Dieu, qui tue, Åuvre impensĆ©e, La beautĆ© sur les fronts dont les cÅurs la pensaient, Et qui ferait, c'est lĆ son fruit le plus certain, D'Apollon un bossu, de Voltaire un crĆ©tin, Travaille mauvais, qui prend l'Ć¢ge tendre en sa serre, Qui produit la richesse en crĆ©ant la misĆØre, Qui se sert d'un enfant ainsi que d'un outil, ProgrĆØs dont on demande, où va-t-il, que veut-il, Qui brise la jeunesse en fleurs, Qui donne en somme une Ć¢me Ć la machine, Et la retire Ć l'homme, Que ce travail, aĆÆe des mĆØres, soit maudit, Maudit comme le vice où l'on s'abatarde, Maudit comme l'opprobre et comme le blasphĆØme, Ć Dieu, qu'il soit maudit au nom du travail mĆŖme, Au nom du vrai travail, Saint, fĆ©cond, gĆ©nĆ©reux, Qui fait le peuple libre et qui rend l'homme heureux.